India

Satyam se prépare lentement à un rachat

Satyam retrouve progressivement une tête. Son conseil d’administration vient ainsi de désigner son président, Kiran Karnik, l’ancien président du Nasscom, la chambre syndicale du patronat des SSII indiennes. Le conseil d ‘administration a par ailleurs enfin nommé un nouveau PDG pour diriger la SSII – sur une cinquantaine de prétendants ! L’heureux gagnant est A.S. Murty. Ce n’est pas un inconnu : c’était l’un des lieutenants de Ramalinga Raju, l’ancien PDG déchu de Satyam ; il travaille pour la SSII depuis 15 ans. Mais cette nomination fait déjà grincer des dents : A.S. Murty a en effet vendu 7000 actions Satyam le 12 décembre 2008, puis 14 000 de plus le 15 décembre, et enfin 19 000 le 16 décembre, juste avant que n’éclate le scandale. Ce n’est pas le seul : le Top 5 de l’exécutif de la SSII aurait liquidé quelques 106 000 actions Satyam entre le 1er octobre et le 16 décembre derniers. Le SEBI, le gendarme des marchés boursiers indien, s’intéresse d’ailleurs de près à ces opérations ; A.S. Murty serait soupçonné de délit d’initié.

Dans un webcast à l’intention des collaborateurs de Satyam, Murty a tenté de galvaniser ses troupes, assurant que, ensemble, « nous pouvons accomplir l’impossible. » Parmi les bonnes nouvelles, on peut relever l’obtention d’un prêt de 6 MdRs, à court terme, obtenu par Satyam auprès des banques pour faire face à ses échéances immédiates. Des propriétés foncières de la SSII ont été utilisées à titre de caution. Mais les mauvaises nouvelles sont nombreuses. Les salaires de février des salariés de Satyam hors Inde devraient être réglés en deux fois, en raison de problèmes de liquidités. Des licenciements seraient également en cours de préparation, la SSII souhaitant « rationnaliser ses effectifs fournissant des services avant-vente et après-vente sur site, » soit environ 10 000 personnes.

Du côté des clients, si la tendance n’est pas encore à l’évasion massive, quelques entreprises semblent en passe de faire défaut. Assurant, n°309 dans le Fortune 500, a quitté Satyam au profit de Zensar. Visa n’a pas caché ses inquiétudes à la suite de l’éviction de la SSII indienne des marchés de la Banque Mondiale. Nos confrères du Financial Express évoquent aussi les noms de Coca-Cola, Nestlé, BP, ou encore Tesco parmi ceux des entreprises qui ré-examineraient la pertinence de leur relation avec Satyam. De son côté, la National Australian Bank aurait suspendu un projet en cours, projet qui venait d’être transféré à la SSII indienne. Et chez Infosys, on indique avoir été approché par des clients de Satyam.

Kiran Karnik promet de dévoiler un projet de long terme pour Satyam d’ici 7 à 10 jours. Au cœur de ce projet se trouve notamment la question du rachat de la SSII. On compte au moins trois sérieux prétendants, à commencer par Larsen & Toubro et Spice. Le processus de dépôt des offres doit être défini par Goldman Sachs et Avendus.

En attendant, le processus judiciaire se poursuit. Le SFIO, le bureau indien des délits financiers, a étendu son enquête à PwC ainsi qu’à plus de 325 entreprises et 25 individus. Mais le processus dépasse les frontières du sous-continent : les traces laissées par l’argent détourné par Ramalinga Raju remontent jusqu’à des compte bancaires situés dans des pays occidentaux. Aux Etats-Unis, une procédure collective – class action – vient d’être engagée, entrainant au passage PwC, de quoi pousser Satyam à engager tout spécialement un cabinet d’avocat afin d’assurer sa défense.

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