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L’industrie indienne des services informatiques approche de la barre des 100 Md$

Selon le Nasscom, l’industrie indienne des services informatiques devrait passer la barre symbolique des 100 Md$ de chiffre d’affaires cumulé sur l’exercice fiscal en cours, qui s’achève le 31 mars prochain – soit une croissance de plus de 16 %. Sur ce chiffre, il faudrait compter quelques 69 Md$ réalisés à l’exportation.

Offshore : l’Inde n’est peut-être plus la destination de choix qu’elle fut

Selon Microsoft, l’Inde n’est plus la destination offshore de référence pour les multinationales des technologies de l’information. C’est ce qu’a affirmé le président de la filiale locale de l’éditeur en réponse à des journalistes qui l’interrogeaient sur l’éventualité de l’ouverture d’un centre de recherche et développement dans l’état du Bengale Occidental.

«Cela n’a plus vraiment d’intérêt. Pour les multinationales [des technologies de l’information], l’Inde n’est pas la destination [offshore] de référence. Nous avons beaucoup de problèmes avec nos activités ici » expliquait ainsi Bhaskar Pramanik, président de Microsoft India, ce jeudi 8 décembre, à nos confrères de l’agence de presse locale PTI. Ceux-ci cherchaient à savoir si Microsoft envisageait d’ouvrir un centre de recherche et développement dans l’état du Bengale Occidental, en marge de la conférence Infocom 2011, qui se déroule actuellement à Calcutta. Et Bhaskar Pramanik de préciser être «prudent quant à tout nouvel investissement dans la fédération indienne. [...] Je pense que nous regardons partout dans le monde. Les possibilité sont nombreuses.» Refusant de préciser les problèmes auxquels Microsoft est confronté en Inde, il a préféré renvoyer au Nasscom.

Crise : l’industrie IT indienne change de ton

Les incertitudes économiques, liées notamment à la crise des dettes souveraines européennes, commencent-elles à affecter les SSII indiennes ? Peut-être. En tout cas, le discours semble s’être clairement infléchi.

Économie : les SSII indiennes ne savent pas sur quel pied danser

Depuis plus d’un mois, l’industrie indienne des services informatiques semble en proie au doute. D’un côté, elle multiplie les messages rassurants. De l’autre, elle multiplie les signes d’une inquiétude bien réelle.

Mi-août, TCS et le Nasscom se voulaient rassurants. Chez iGate Patni et Infosys, c’était plutôt l’incertitude qui dominait tandis que, du côté du think tank « Centre for Transforming India », on imaginait sans peine une nouvelle récession. Certains signaux objectifs venaient d’ailleurs confirmer les craintes, à commencer par un léger ralentissement des recrutements au mois de juillet. De nouveau, la contradiction semble de mise.

Pas d’inquiétude pour la croissance de l’industrie IT indienne

Le Nasscom, la chambre syndicale des SSII indiennes, affiche haut et fort son optimisme. Pour son président, Som Mittal, «il n’y a aucune raison pour nous de s’inquiéter. Nous avons discuté avec les clients et ils cherchent à se développer dans de nouvelles régions du monde et à apporter de nouvelles solutions au marché ».

La crise soumet les SSII indiennes à une pression inhabituelle

La crise est bien là et ses effets se font sentir sur les SSII indiennes. Infosys observerait ainsi une réduction de 5 % des budgets de ses clients européens, selon nos confrères du Financial Express. TCS ferait déjà face à des annulations de projets. De son côté, le Nasscom, représentant le patronat indien des SSII, vient de réviser une nouvelle fois à la baisse ses prévisions de croissance pour l’exercice fiscal en cours – qui sera clos au 31 mars prochain – à 16-17 % pour un volume d’affaires de 47 Md$. Et de miser sur une croissance 15,3 % pour l’exercice fiscal suivant, pour un volume d’affaires de 60 Md$. Pour Infosys, la croissance, ne serait-ce que pour l’exercice en cours, a des chances d’être encore inférieure à la dernière prévision du Nasscom.

Prudence généralisée

Parallèlement, selon The Economic Times, un nombre croissant d’entreprises chercherait à obtenir des contrats basés sur un principe de partage des risques, intégrant une part de rétribution variable, dépendant des bénéfices opérationnels obtenus par le client à l’issue de l’implémentation de la solution. Le risque financier pour le fournisseur est assez évident… Mais d’autres stratégies sont également développées par les entreprises clientes. Certaines demanderaient par exemple un rabais en l’échange d’un engagement sur un certain volume d’activité pour une période donnée. Le tout dans un effort massif de passage d’une tarification aux ressources mis à disposition à une tarification forfaitaire. Dans ce contexte, les petites et moyennes SSII seraient particulièrement vulnérables. Mais la prudence vaut dans les deux sens : TCS prévoit de qualifier son cahier de commandes sur la base de la solvabilité de ses clients.

Inquiétudes sur l’emploi

Sur le front de l’emploi, l’heure semble, du coup, à la rigueur. L’industrie IT indienne aura créé 223 000 emplois entre mars 2008 et mars 2009 ; elle en créera moins de 100 000 au cours des douze mois suivants, selon le Nasscom. TCS va par exemple repousser un peu la date effective d’entrer en fonction de ses jeunes recrues. Les salaires, pour les jeunes recrues, auraient quant à eux déjà reculé de 10 %. Infosys ne cache pas le risque d’un éventuel recul généralisé des salaires. La SSII aurait en outre placé 2200 collaborateurs jugés peu performants sous surveillance. Ce n’est qu’un petit choc, mais des licenciements ont déjà été annoncés par l’éditeur Sapient, à raison de 300 personnes remerciées en Inde.

Confrontés à cette tension, les salariés semblent bien partis pour chercher à s’accrocher à leur poste : les niveaux d’attrition atteignent des niveaux plancher chez les SSII indiennes, à moins de 15 % voire moins de 12 % chez certaines.

Des perspectives incertaines

Les SSII indiennes attendaient beaucoup du budget prévisionnel du gouvernement indien. C’est une déception, notamment sur le plan de la fiscalité et des avantages liés à certaines zones d’économie spéciale. Mais, pour faire face à la crise, l’industrie IT indienne mise surtout sur les marchés publics locaux, encouragée en ce sens par le ministre indien du commerce, Kamal Nath. Et le Nasscom d’enjoindre aussitôt le gouvernement à débloquer rapidement les budgets ad hoc. Et si KPMG encourage les SSII indiennes à étendre leur présence sur les marchés asiatiques – alors que les investisseurs gagnent précisément la région au détriment de l’Inde –, de nombreux défis attendent ces SSII face à leurs homologues multinationaux. A commencer par le CA par collaborateur, limité à 50/55 000 $ pour les SSII indiennes contre 100 000 pour IBM ou Accenture. Mais une présence véritablement globalisée susceptible d’ouvrir d’autres portes, peut-être plus lucratives. IBM apparaît là comme symptomatique d’une situation potentiellement préoccupante : le géant nord américain pourrait prendre 50 % du marché IT intérieur de l’Inde d’ici la fin 2010, en volume. En valeur, le seuil symbolique aurait déjà été franchi.

Inquiétude palpable après la décision américaine de restreindre le recours aux visas H1B

Le choix des parlementaires américains de recourir à la préférence nationale pour les effectifs IT – dans le secteur financier, et plus particulièrement les banques aidées par l’état – suscite un émoi certain dans le sous-continent indien.

Dans le Business Standard, Leslie D’Monte relève notamment que le « Top 10 des consommateurs de visas H1B est largement trusté par des entreprises indiennes, y compris Infosys, Wipro et Satyam. » Des entreprises déjà malmenées par la réduction, il y a deux ans, du quota de visas H1B de 195 000 par an à 65 000. Et bien sûr par la crise économique mondiale.

Dans la presse indienne, Som Mittal, le président du Nasscom, la chambre syndicale du patronat des SSII indiennes, clame à l’envi que la disposition votée par les parlementaires américains n’aura pas d’impact direct, en l’état, sur l’activité de ces entreprises.

Dans les colonnes du Hindu Business Line, Som Mittal explique notamment que la disposition concerne les entreprises américaines aidées par l’état et qui sont dépendantes de ressources étrangères sous visas H1B. Pour le président du Nasscom, « c’est fait pour les entreprises américaines […] Cela n’a rien à voir avec les SSII indiennes. » Plus précisément, dans les colonnes du Hindustan Times, Som Mittal estime que ne sont concernées que les employeurs directs… pas leurs éventuels sous-traitants. De quoi laisser une vaste marge d’interprétation et d’ajustement.

Dans les colonnes de The Economic Times, Viral Thakkar, directeur exécutif de KMPG en charge des services de conseil en sourcing, estime de son côté que « l’impact sera minimal. » Le broker CLSA se rallie quant à lui à l’analyse de Som Mittal. Mais le secrétaire général du syndicat Unites, Karthik Shekkar, ne partage pas cette sérénité et affiche clairement son inquiétude. Dans les colonnes de IT Examiner, il insiste : « il est temps que les employeurs IT indiens regardent la réalité en face. »

Vite lu dans la presse indienne

- Les SSII indiennes semblent en passe de réussir leur pari de réduction des délais de règlement, au cours du quatrième trimestre 2008. Infosys serait en moyenne parvenu à réduire ce délai de 4 jours, contre six pour Wipro, neuf pour TCS et 10 pour Polaris. [ET] Mais le taux d’utilisation des effectifs semble en phase de contraction. Chez TCS, il serait ainsi passé de 74,7 à 71,8 % entre le troisième et le quatrième trimestre 2008. Même tendance chez Infosys. [ET] Assez logiquement, le Nasscom, la chambre syndicale du patronat des SSII indiennes, revoit à la baisse ses prévisions de recrutement pour l’exercice fiscal 2010 – qui commencera en avril 2009. Sans donner de chiffre, le Nasscom indique tout de même que les recrutements dans les SSII indiennes devraient être inférieurs aux 2,5-3 millions prévus précédemment. [BS] La dépense IT domestique suffira-t-elle à éviter la récession ? Elle progressera moins vite que prévu, à 14 % environ, contre 18 % attendus. [ET] Prudentes, les SSII ont tout de même préféré confier l’essentiel de 200 MdRs de liquidités aux banques indiennes du service public. [ET]

- L’Inde va rejoindre l’Agence Internationale des Energies Renouvables (Irena). Le sous-continent s’acquittera d’un ticket d’entrée de plus de 110 000 $ pour pouvoir prétendre à des transferts de technologie et à des efforts de R&D cojoints. [HT]

- La Russie, nouveau concurrent de l’Inde et de la Chine ? C’est probable, selon l’institut RNCOS qui relève que 50 % de l’offshoring en Europe de l’Est va déjà à la Russie. [ITE] Et alors que l’Inde chercher à développer son offre de R&D offshore, c’est la Chine que apparaît comme un concurrent d’envergure. [HBL]

Crise : les SSII changent de ton

L’heure n’est plus à l’optimisme, même de façade, inlassablement affiché au cours de ces derniers mois. Certes, Infosys a déjà profité de la publication de ses résultats trimestriels pour revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour l’exercice fiscal en cours, mais, en marge du forum économique mondial qui s’est ouvert à New Delhi, suivant de peu une édition morose du BangaloreIT.biz [TH], l’événement IT annuel de l’Inde, Nandan Kilekani a relevé ouvertement que « la croissance du secteur IT sera plus lente… Il y a un ralentissement global, que l’on peut comprendre compte tenu de la crise. » [DNA]

Faut-il y voir un effort de préparation psychologique à la fin de l’ère dorée de l’industrie IT indienne ? Déjà, les employeurs phares tels que Wipro ont fait part aux jeunes recrues titulaires d’une promesse d’embauche que celle-ci serait reportée de trois mois, au moins, selon le Business Standard. Signe de temps plus difficiles, l’attrition aurait reculé sensiblement à 6-7 % selon le Nasscom, la chambre syndicale du patronat des SSII indiennes. De son côté, Satyam aurait revu à la baisse ses ambitions de recrutement, de 15 000 personnes pour l’exercice fiscal en cours à seulement 8 000 à 10 000. [ET]

Surtout, le Nasscom s’est enfin décidé à revoir ses prévisions de croissance annuelle, de 21-24 % précédemment, au « haut de la dizaine », soit un maximum de 19 %. [DNA]

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