India

Dans les coulisses de la délégation officielle française en Inde de fin 2010

Décembre 2010, Nicolas Sarkozy part en visite officielle en Inde, pour quelques jours. Et comme toujours dans ce genre de déplacement, il est accompagné de toute une délégation d’entrepreneurs français. Certains grands noms du CAC40, et d’autres, de taille plus modeste. Stéphane Werba, directeur opérationnel de SmartTesting, était du voyage. Pourquoi ? «On ne connaît pas vraiment les raisons. Du moins, on ne nous les a pas exposées directement. Cela dit, nous avions déjà été invités lors du voyage précédent, début 2008.» Et de préciser, avec une pointe d’ironie, «je crois que cela s’était bien passé. Laurent Pye s’était bien tenu; il ne devait pas y avoir de raison pour ne pas nous réinviter.» Blague à part, Stéphane Werba estime avoir «attiré l’attention lors du Medef dans le cadre d’un concours de l’IEClub – il encourage les jeunes entreprises travaillant pour les grandes. Quelques centaines se sont présentées et nous avons fait partie des 13 retenues, avec un dossier présenté avec Steria. Il s’agissait d’accompagner SFR dans l’évolution de son SI. Et nous avions justement rencontré Steria lors du premier voyage en Inde, en 2008. Au final, nous avons fait partie des quatre dossiers primés – nous avons reçu le prix de la meilleure productivité lors de l’Université d’été du Medef. Je pense que cela a joué.»

Une fois l’invitation du Medef confirmée par l’Elysée, Stéphane Werba faisait donc partie des heureux élus. Et, justement, comment est organisé un tel déplacement ? «Il y avait deux groupes, dont un premier très restreint, volant avec le Président avec une première escale à Bangalore. Le gros de la délégation est arrivé quelque jours plus tard sur un vol commercial pour Delhi.» Là, les deux groupes se sont retrouvés : «tout a commencé le lundi matin, à 8h. Nous avons été reçus par des conseillers économiques au commerce extérieur. Les réunions se sont enchaînées toute la journée. Et celle-ci s’est achevée sur un cocktail à l’Ambassade de France.» Quel type de réunions ? « Des conférences où des intervenants ont présenté leur vision de la coopération franco-indienne sur le thème de « comment apprendre à mieux travailler ensemble, quels sont enjeux. Cela reste à un niveau très macro-économique.» Une approche répondant aux besoins d’une petite PME, déjà installée en Inde ? «En tant que petite PME qui n’évolue pas dans le monde des grandes entreprises et des circuits diplomatique, j’ai apprécié de voir de part et d’autre cette volonté affichée d’une vraie et belle collaboration. Les discussions en cours sur des accords de libre échange avec l’Europe ont été évoqués. Ainsi que la volonté des grands groupes de la distribution de venir en Inde – mais les activités commerciales directement avec le consommateur final leur sont interdites. Les contraintes, pour le développement accru des sociétés françaises déjà installées en Inde ont aussi été évoquées : à un moment, pour continuer leur croissance, elles sont contraintes d’investir dans la pierre, ce que ne l’on n’a pas forcément l’habitude de faire en France. Et puis nous avons aussi eu des échanges sur la façon d’arriver en Inde. Typiquement, nous, on avait cru au partenariat, comme beaucoup d’autres. Et il semble que 75 % de ces premières expériences tombent à l’eau dans les premières deux/trois années – ou qu’elles sont réorientées.»

Un véritable «marathon»

Pour Stéphane Werba, l’aventure présidentielle a duré deux jours, intenses : «le lundi soir, après le cocktail, nous avons embarqué dans l’avion présidentiel [l’ancien modèle, très peu confortable semble-t-il, et pour le prix d’un vol commercial, NDLA] pour Mumbai. Et tout a repris le lendemain, dès 8h pour enchaîner réunions, conférences, etc.» Une expérience au rythme éprouvant : «c’est l’enfer au niveau du rythme. J’étais dans ma chambre à 3h30 du matin. C’était non-stop pour nous.» Mais pour les officiels… «on a pu voir le programme détaillé de Christine Lagarde; il était calé à la minute près. J’espère pour elle que la mécanique est bien huilée.» Et pourtant, assure Stéphane Werba, «j’ai l’habitude de beaucoup bosser…» Mais pourquoi se lancer lancer dans une aventure pareille ? Y’a-t-il véritablement des bénéfices à en retirer ? «Je voulais trouver de nouveaux leviers de business. Avoir des moyens d’accélérer, mieux comprendre certaines problématiques et établir du networking,» explique-t-il. «Après, l’intérêt, c’est obtenir des entretiens. Parce que l’on a besoin de se faire identifier par les grands donneurs d’ordre.»

Une expérience, au moins

Tout cela, toute cette «action», loin des «paillettes», pour quoi ? «Au moins une expérience à titre personnel. Je n’avais pas d’objectifs quantifiés au départ. Certains contacts ont pu être établis, bien sûr, notamment avec des entreprises françaises, mais j’aurais en avoir plus. Avec Steria, on a bien échangé, bien travaillé, détaillé un vrai plan d’action. Discussions aussi avec Capgemini, avec qui nous venons de signer accord de partenariat. Un déplacement de ce type, ça alimente cette dynamique.» Pour autant, l’expérience aurait pu être encore meilleure : «nous n’avons peut-être pas eu assez de temps pour le networking» et, «ce que j’ai un peu regretté, c’est que, au final, deux délégations se soient croisées – l’une politique et l’autre économique – sans qu’il n’y ait véritablement d’échanges ou d’intimité entre les deux. En tout cas pour un chef de petite entreprise comme moi. Des personnes du CAC40 avaient leur forum à part ; ce que je comprends tout à fait.»

Du bon, donc, et du peut mieux faire : «notre vie n’a pas démarré et ne s’est pas arrêtée avec cette délégation, mais c’était intéressant.»

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