India

Google Street View se heurte à la sensibilité sécuritaire indienne

La menace terroriste reste très présente dans les esprits.

Selon MediaNama, Google a du interrompre son travail de photographie systématique des rues de Bangalore, pour son service Street View, à la demande des autorités locales. Selon mes confrères, Google a reçu une lettre de la Police de Bangalore. Mais il n’a pas souhaité commenter son contenu. Lors du début des opérations, Google India avait pourtant assuré avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires pour photographier les rues de Bangalore. Selon un informateur anonyme, le point de litige porterait sur le statut de Google India et sur la collecte massive de données médias par une entreprise étrangère. En outre, l’approche très ouverte de Google en matière de cartographie et d’imagerie satellite ne contribuerait pas trop à lui attirer les grâces des autorités Indiennes. Mais pour comprendre la situation, il convient de revenir un peu en arrière.

 

Les attentats de 2009 ont tracé une empreinte profonde dans la mémoire Indienne. En juillet 2009, alors que j’étais dans le pays pour LeMagIT, Bangalore avait été frappée par 9 explosions de bombes. Au mois d’août suivant, c’était Delhi. Puis en novembre 2009, Bombay. Cela a laissé des traces importantes, d’autant plus que la menace du terrorisme islamique – dont les liens entre mafia locale, fausse monnaie et services secrets pakistanais semblent établis; l’Inde envisage d’ailleurs de chercher à faire officiellement classer l’ISI parmi les groupes terroristes [ET] – n’est pas la seule à laquelle doit faire face le pays : il faut aussi compter avec les Maoistes, comme me l’expliquait Devidas Deshpande en mars 2009. Le résultat saute rapidement aux yeux du voyageur en Inde. Par exemple, l’accès à l’enregistrement dans les aéroports est gardé par des unités de la CISF, la Central Industrial Security Force, une unité de police indienne dédiée à la protection des sites industriels. Les hommes de ces unités sont armés et ne laissent entrer que les passagers munis d’un billet ou d’un itinéraire imprimé au préalable. Une fois enregistré, pas question de ressortir sans la signature d’un responsable du guichet d’enregistrement de sa compagnie aérienne. Ce que ne manque de conduire à des situations quelque peu troublantes : en mars dernier, arrivé vers 21h30 (en correspondance; je devais redécoller à 4h30 du matin…) à l’aéroport de Delhi avec une carte d’embarquement fraichement imprimée sur un ordinateur après enregistrement en ligne, je suis resté bloqué entre douane et hall d’enregistrement pendant près de 4h : pas moyen de passer en zone sous-douane sans une carte d’embarquement «à l’ancienne», imprimée au guichet d’enregistrement; guichet fermé jusqu’à 1h du matin et donc pas moyen de ressortir ne serait-ce que prendre l’air; bloqué dans une sorte de no man’s land…

Mais on peut voir un lien dans la méfiance des autorités indiennes vis-à-vis de Google Street View avec leurs efforts pour obtenir des moyens d’interception des communications électroniques. Les premiers échanges sur ce thème avec RIM remontent à l’été 2009 et… aux attentats d’Ahmedabad, Bangalore et Delhi. Le drame de Mumbai n’a fait qu’accentuer la chose : les terroristes auraient communiqué entre eux via des smartphones Blackberry; ils se seraient orientés grâce à Google Maps et à son imagerie satellite… Toutes sortes de mesures ont été prises depuis, comme l’interdiction d’accès aux réseaux mobiles du pays aux terminaux dépourvus d’IMEI, ou encore l’obligation de contrôle d’identité dans les cybercafés. L’obtention, pour un étranger, d’une SIM prépayée relève d’ailleurs de l’épreuve de patience. En mars dernier, à Pune, j’ai pu en acheter une après avoir fait des photos d’identité, une photocopie de mon passeport et une autre de mon visa, et encore une troisième d’une quittance de mon hôtel pour produire un titre de résidence. Mais il a fallu courir quatre échoppes différentes avant d’en trouver une qui accepte d’effectivement me vendre la précieuse carte, moyennant le renseignement d’un formulaire digne de ceux que l’on remplit, en France, pour la souscription d’un abonnement avec engagement de 24 mois… Mais en Inde, un e-mail de revendication terroriste a récemment été envoyé à l’aide d’une carte SIM obtenue avec de faux documents… [IE] Et le cas n’est pas isolé [HT]. L’interdiction d’importation de cartes SIM a même été envisagée. [HBL]

Il faut dire que l’Inde est l’un des pays au monde les plus touchés par le terrorisme. Et qu’elle s’attache à protéger ses joyeux que constituent notamment les entreprises IT. Dans ce contexte, Bangalore recouvre une importance stratégique. Par le passé, des failles avaient été relevées dans la sécurité physique des campus des SSII locales. Quand bien même, pour pénétrer sur l’un d’eux, il faille montrer patte blanche – et remplir un formulaire mentionnant tout ce que l’on a sur soi d’électronique, numéros de série à l’appui [à force, je finirais presque par connaître par coeur celui de mon ordinateur portable…, NDLA]. Du coup, depuis début 2009, ils bénéficient eux-aussi de la protection des forces du CISF.

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