India

L’autonomie, clé de la fidélité des salariés indiens ?

Un salarié heureux, fidèle, est d’abord un salarié qui se sent libre d’initiative et autonome. Kalian, le collaborateur indien de Michel Guez, qui dirige l’implantation indienne de Smartesting, à Bangalore, voit ainsi et les choses et ne s’en cache pas. Il n’a jamais travaillé pour une entreprise indienne et espère bien pouvoir l’éviter… Question: «compte tenu de l’autonomie dont vous disposez chez Smartesting, envisageriez-vous d’aller, par la suite, travailler pour une entreprise indienne ?» Réponse : «Non. Je ne veux pas travailler pour une entreprise indienne. En dix ans d’expérience, je ne l’ai d’ailleurs pas fait. Mais je sais comment ça se passe, par les retours de mes amis qui y travaillent. Il y a beaucoup de bureaucratie; la hiérarchie est très pesante. Les règles ne sont pas très bonnes. Il n’y a pas beaucoup de liberté et la capacité individuelle de décision est limitée. Pour la moindre petite chose, il faut demander à son supérieur l’autorisation. Et les gens sont de toute façon tellement habitués à ce fonctionnement qu’ils n’ont pas les tripes d’en sortir.»

Et ce ne serait pas exclusif des entreprises indiennes : cela vaudrait aussi pour les implantations indiennes de multinationales, dirigées par des indiens.

Plus loin, Karthik Shekhar, du syndicat Unites, m’explique : «nous, les indiens, sommes des personnes très émotives. Lorsque l’on commence un nouveau boulot, le patron prend souvent une figure paternelle. Les collègues deviennent un peu des frères et des soeurs.» Mais les managers joueraient de cela : «par exemple, quand quelqu’un veut partir dans une autre boîte, on lui sert un discours sur l’air de ‘oh, tu me brises le coeur; j’ai l’impression que c’est mon fils qui s’en va.’» Le train est grossi, certes, mais selon Karthik, «tous les patrons mettent un peu de sentimentalisme bollywoodien dans leur management.» Et ce n’est peut-être pas seule chose qu’ils empruntent à Bollywood, d’ailleurs…

Des salariés de HCL Technologies, sur son site de Noida.

Alors j’ai profité de la visite des locaux de HCL Technologies, à Noida, pour aborder le sujet de l’autonomie avec quelques salariés. Des jeunes, des moins jeunes, des mis en avant par l’entreprise, et d’autres, croisés au détour d’une cigarette. Parmi, les jeunes, «pour nous, qui sommes jeunes dans l’entreprise, il y a ici un super sentiment de liberté.» Et un autre de souligner «qu’aucune entreprise indienne ne ressemble à HCL. Je suis venu parce qu’avant, HCL était l’un des fournisseurs de mon employeur aux Etats-Unis et que j’ai pu, ainsi, mesurer ce qui se passait en termes d’ambiance de travail chez HCL.» Et même un ancien cadre de HCL qui, s’il regrette l’époque «où Vineet Nayar travaillait dans le même bureau que nous et discutait toutes les semaines avec nous pour échanger des idées – nous étions alors une toute petite entreprise !», assure que le patron a su maintenir le lien et atmosphère globale de travail agréable, avec une bonne place faite à l’autonomie.

Un bilan juste ? Un parfait satisfecit pour HCL ? Le fruit de la philosophie «Employees First, Customer Second ?» J’y reviendrai dans un prochain billet.

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Un commentaire pour “L’autonomie, clé de la fidélité des salariés indiens ?”

  1. Le 23 novembre 2010 à 09:12

    Singh dit:

    Si on pense que les SSII indiennes sont arrivées où ils sont aujourd’hui (60 milliards de dollars de chiffres d’affaire par an) grâce à un sentimentalisme bollywoodien, on n’a rien compris à l’affaire…
    Messieurs Kalian et Shekar, vous savez très bien que ce n’est pas grâce à une attitude paternelle, une bureaucratie rigide et une hiérarchie pesante qu’on arriver à conquérir des marchés mondiaux comme le font aujourd’hui Tata Consulting Services, Cognizant, Wipro, Infosys, HCL, Mahindra-Tech, etc – c’est tout sauf cela.

    Indien d’origine, je travaille depuis plusieurs années dans un des fameux SWITCH (Satyam (maintenant Mahindra-Tech), Wipro, Infosys, HCL, Tata, Cognizant, HCL) et je peux vous assurer c’est grâce à un « global mindset » (entre autres) que ces société ont réussi au niveau planétaire.

    Au plaisir de lire vos commentaires.

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