India

La crise japonaise ravive le débat sur le nucléaire indien

Comme dans de nombreux pays, la crise que traverse actuelle le nucléaire japonais, à la suite du tremblement de terre du 11 mars et du tsunami qu’il a provoqué, fait s’élever de nombreuses voix en Inde. Mais là, le débat pourrait être d’autant plus vif qu’il n’est clos que depuis peu.

Alors que l’Inde n’a reçu que récemment le feu vert des grandes puissances nucléaires pour la relance de son programme nucléaire civile, celle-ci compte sur lui pour produire 35 % de son électricité à l’horizon 2050. Mais les inquiétudes sont grandes. En particulier, le projet de centrale de Jaitapur, au sud de Mumbaï, dans l’état du Maharashtra, cristallise les craintes. Fin décembre dernier encore, certains parlementaires dénonçaient le feu vert donné à un projet dans une zone «écologiquement sensible.» En fait de «sensibilité», il s’agit de risque sismique; un risque notamment souligné par un rapport du Tata Institue of Social Sciences (TISS). Tandis que les autorités indiennes évoquent un risque de niveau 3 – contre 5 pour le Japon -, Greenpeace fait état d’un risque de niveau 4, avec «des séismes pouvant atteindre une magnitude de 7 sur l’échelle de Richter.» Le projet de Jaitapur, mené en partenariat avec Areva porte sur six tranches EPR d’une capacité individuelle de 1650 MW. Avec une entrée en production prévue pour 2018.

Aujourd’hui, le débat est clairement relancé; la presse locale s’en faisant largement l’écho, à l’instar, ici, de DNA. Pour rassurer, le gouvernement indien vient d’annoncer qu’il envisage des «garde-fous additionnels» pour la sécurité des installations nucléaires – au moins les nouvelles -, ainsi qu’un passage en revue complet de la sécurité environnementale des sites existants. Et si certains officiels estiment déjà que certaines leçons devront être apprises de la crise japonaise, ils soulignent le rôle du Tsunami dans la situation actuelle. Et d’insister que le risque de Tsunami à Jaïtapur, justement, est faible.

De leur côté, les équipementiers impliqués dans les projets nucléaires civils indiens – dont GE et Larsen & Toubro – restent sereins, selon l’Economic Times of India.

Il faut dire que l’Inde souffre cruellement d’un déficit de production énergétique. Et quand bien même les capacités installées auraient progressé de 37 % au cours des cinq dernières années, pour certains, cela reste bien en deçà des besoins et, surtout, des objectifs fixés il y a bientôt 11 ans.

En juillet dernier, c’était le sud de Delhi qui souffrait pleinement de la chaleur en raison de coupures d’électricité. En avril dernier, la ville manquait tout simplement de 350 MW de capacité électrique. L’incident le plus spectaculaire a peut-être la privation d’électricité de l’aéroport international de Delhi, pendant une petite dizaine de minutes, en février 2010

Et en Orissa, en mars 2010, le déficit d’électricité menaçait directement les ports industriels et les usines. L’état du Tamil Nadu, où se trouve Chennai, devrait importer quelque 1000 MW chaque mois, pour répondre à ses besoins. Mais la situation n’est pas meilleure au Maharashtra ou encore dans l’état du Karnataka. A Bangalore, les coupures d’électricité sont tellement monnaie courante qu’elles devraient être désormais signalée en avance par SMS. Pour les entreprises, la situation est telle que, en mars 2010, nos confrères de DNA India comparaient les stocks de diesel des entreprises, pour leurs générateurs de secours, à des poudrières. A Pune, près de Mumbai, des compteurs électriques prépayés devraient être prochainement installés. Un moyen d’éviter de fournir une électricité qui s’avèrerait impayée par la suite, mais aussi d’inciter chaque propriétaire de compteur à se prémunir d’un éventuel piratage.

Plus généralement, en septembre 2008, de retour d’Inde, je soulignais que les infrastructures commençaient à peser sur la rentabilité des entreprises, Som Mittal, président du Nasscom, expliquait, à l’automne dernier, que les avantages fiscaux dont profitent les SSII indiennes sont là pour, justement, amortir le handicap concurrentiel des infrastructures locales. Les appels à l’amélioration des infrastructures du pays se sont d’ailleurs multipliés ces derniers mois, certains déplorant même une situation qui pourrait pénaliser la croissance indienne, à terme.

 

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