India

La crise soumet les SSII indiennes à une pression inhabituelle

La crise est bien là et ses effets se font sentir sur les SSII indiennes. Infosys observerait ainsi une réduction de 5 % des budgets de ses clients européens, selon nos confrères du Financial Express. TCS ferait déjà face à des annulations de projets. De son côté, le Nasscom, représentant le patronat indien des SSII, vient de réviser une nouvelle fois à la baisse ses prévisions de croissance pour l’exercice fiscal en cours – qui sera clos au 31 mars prochain – à 16-17 % pour un volume d’affaires de 47 Md$. Et de miser sur une croissance 15,3 % pour l’exercice fiscal suivant, pour un volume d’affaires de 60 Md$. Pour Infosys, la croissance, ne serait-ce que pour l’exercice en cours, a des chances d’être encore inférieure à la dernière prévision du Nasscom.

Prudence généralisée

Parallèlement, selon The Economic Times, un nombre croissant d’entreprises chercherait à obtenir des contrats basés sur un principe de partage des risques, intégrant une part de rétribution variable, dépendant des bénéfices opérationnels obtenus par le client à l’issue de l’implémentation de la solution. Le risque financier pour le fournisseur est assez évident… Mais d’autres stratégies sont également développées par les entreprises clientes. Certaines demanderaient par exemple un rabais en l’échange d’un engagement sur un certain volume d’activité pour une période donnée. Le tout dans un effort massif de passage d’une tarification aux ressources mis à disposition à une tarification forfaitaire. Dans ce contexte, les petites et moyennes SSII seraient particulièrement vulnérables. Mais la prudence vaut dans les deux sens : TCS prévoit de qualifier son cahier de commandes sur la base de la solvabilité de ses clients.

Inquiétudes sur l’emploi

Sur le front de l’emploi, l’heure semble, du coup, à la rigueur. L’industrie IT indienne aura créé 223 000 emplois entre mars 2008 et mars 2009 ; elle en créera moins de 100 000 au cours des douze mois suivants, selon le Nasscom. TCS va par exemple repousser un peu la date effective d’entrer en fonction de ses jeunes recrues. Les salaires, pour les jeunes recrues, auraient quant à eux déjà reculé de 10 %. Infosys ne cache pas le risque d’un éventuel recul généralisé des salaires. La SSII aurait en outre placé 2200 collaborateurs jugés peu performants sous surveillance. Ce n’est qu’un petit choc, mais des licenciements ont déjà été annoncés par l’éditeur Sapient, à raison de 300 personnes remerciées en Inde.

Confrontés à cette tension, les salariés semblent bien partis pour chercher à s’accrocher à leur poste : les niveaux d’attrition atteignent des niveaux plancher chez les SSII indiennes, à moins de 15 % voire moins de 12 % chez certaines.

Des perspectives incertaines

Les SSII indiennes attendaient beaucoup du budget prévisionnel du gouvernement indien. C’est une déception, notamment sur le plan de la fiscalité et des avantages liés à certaines zones d’économie spéciale. Mais, pour faire face à la crise, l’industrie IT indienne mise surtout sur les marchés publics locaux, encouragée en ce sens par le ministre indien du commerce, Kamal Nath. Et le Nasscom d’enjoindre aussitôt le gouvernement à débloquer rapidement les budgets ad hoc. Et si KPMG encourage les SSII indiennes à étendre leur présence sur les marchés asiatiques – alors que les investisseurs gagnent précisément la région au détriment de l’Inde –, de nombreux défis attendent ces SSII face à leurs homologues multinationaux. A commencer par le CA par collaborateur, limité à 50/55 000 $ pour les SSII indiennes contre 100 000 pour IBM ou Accenture. Mais une présence véritablement globalisée susceptible d’ouvrir d’autres portes, peut-être plus lucratives. IBM apparaît là comme symptomatique d’une situation potentiellement préoccupante : le géant nord américain pourrait prendre 50 % du marché IT intérieur de l’Inde d’ici la fin 2010, en volume. En valeur, le seuil symbolique aurait déjà été franchi.

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2 commentaires pour “La crise soumet les SSII indiennes à une pression inhabituelle”

  1. Le 18 mai 2009 à 15:04

    LeMagIT Blogs : Il n’y pas de petites économies dit:

    […] ça peut vite représenter une somme rondelette. Les salaires pourraient en outre subir un recul généralisé. Tout cela dans un contexte de forte pression sur les prix, de la part des […]

  2. Le 18 juin 2009 à 16:04

    LeMagIT Blogs : Les parlementaires indiens face à un agenda IT très chargé dit:

    […] ce n’est pas tout. Les SSII et entreprises de BPO, qui encaissent actuellement le choc de la récession mondiale – quand bien même TCS assure que la demande, en matière […]

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