India

La famille, force bivalente de la société indienne

Lavanya Sankaran

Je crois comprendre que la famille est une composante essentielle de la société indienne. Ce matin, j’ai pu m’entretenir avec Lavanya Sankaran, l’auteur du Tapis Rouge. Et celle-ci de m’expliquer, par exemple, qu’en Inde, « nous n’avons pas de sécurité sociale. La couverture sociale, c’est la famille. C’est vers elle que vous vous tournez lorsque vous rencontrez des difficultés. » Et si la société indienne s’ouvre à la société de consommation et à « la culture pop », la famille reste importante : « les femmes indiennes sont encore nombreuses à se marier et à emménager avec leur mari, sa mère, ses cousins, etc. » Cela n’empêche pas certains jeunes actifs de vouloir vivre leur relation de couple hors mariage ou encore l’homosexualité d’exister voire d’être vécue sans trop de difficultés, du moins à Bangalore et « tant que l’on n’en fait pas une question politique. »

Karthik Shekkar

Mais la famille, c’est aussi une pression, souvent formidable, sur les enfants dans le cadre de leurs études. Partho Ganguly, directeur exécutif de BOB Technologies, ici à Bangalore, le confirme sans peine, de même que Karthik Shekkar, secrétaire général du syndicat Unites Professionals pour l’Inde. « Les parents indiens poussent leurs enfants vers l’industrie IT », expliquent-ils tous les deux. C’est la perspective des revenus élevés – souvent considérés et présentés comme les plus élevés en Inde – qui les motivent, ainsi que les opportunités d’expatriation. Comme on me l’expliquait chez Tata Consultancy Services : lorsqu’un jeune indien est embauché, c’est cinq, six personnes autour de lui qui profitent directement de cette embauche, sur le plan financier.

Mais la famille indienne a aussi son côté sombre. Ce mercredi 23 juillet, dans l’édition de Bangalore du Times of India, j’ai appris par exemple le suicide d’un étudiant indien de 15 ans : il s’est pendu, dans sa chambre, en raison de notes pas assez bonnes à l’école. Pour Lavanya Sankaran, « Bangalore est la capitale du suicide en Inde. » Elle consacre d’ailleurs l’une des nouvelles de son livre à cette question.

Ce n’est pas tout. Plus tôt dans mon périple indien, j’ai eu l’occasion d’être sensibilisé à la question des abus sexuels au sein du cercle familial, au cours d’une discussion; un sujet également évoqué dans le livre de Lavanya Sankaran. Il n’est pas question de considérer que problème est généralisé. Mais Lavanya Sankaran se refuse à imaginer que « ce ne soit pas comme partout dans le monde »… Reste que le phénomène est difficile à chiffrer : dans un pays où la pornographie est interdite où l’on utilise les dispositifs de contrôle parental pour s’assurer que les enfants ne voient de « french kiss » à la télévision – dixit Reliance Global Communications -, le sujet est tout simplement tabou. Et ce n’est pas que lui : c’est la sexualité dans son ensemble qui semble concernée. « Avant les apports culturels musulmans et de l’Angleterre victorienne, la sexualité était un sujet très libre en Inde. Mais la conjugaison des deux a mis une chape de plomb sur la question. Les lois indiennes sur la sexualité – interdiction de l’homosexualité, des rapports anaux, etc. – remontent à l’époque coloniale. » Néanmoins, certains sujets connexes, tels que la protection des mineurs, justement, progresseraient sensiblement.

Mais selon Karthik Shekkar, il resterait encore beaucoup de travail à accomplir en matière de lutte contre le harcèlement sexuel – et pas que sexuel – sur le lieu de travail. En la matière, la loi du silence dominerait… aidée – pas uniquement mais notamment – par le poids d’une famille qu’il ne faut ni décevoir, ni priver de ressources. 

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Un commentaire pour “La famille, force bivalente de la société indienne”

  1. Le 28 juillet 2008 à 19:16

    LeMagIT Blogs : Attentats à Bangalore : Unites Professionals en appelle au gouvernement du Karnataka dit:

    […] de notre rencontre, la semaine dernière, Karthik Shekkar, secrétaire général de Unites Professionals pour […]

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