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Les employés d’abord, les clients ensuite… plus qu’un bon coup marketing ?

Vineet Nayar, Pdg de HCL Technologies

Vineet Nayar, le Pdg de HCL Technologies, arpente le monde pour faire la promotion de sa philosophie managériale depuis plus d’un an. Cela lui aura valu une exposition certaine et, par ricochet, mis en valeur son entreprise : son message est diffusé sur Burkinapmepmi, Agoravox, InfoDSI, ParisTechReview; il passe assez bien sur le blog de Hervé Jégouzo, celui de Bertrand Duperrin, dans Le Monde, sur Cadremploi.fr, et «réinvente le management» dans Les Echos. J’en oublie probablement ; les attachés de presse de HCL Technologies ont dû passer deux mois sur un petit nuage.

A certains égards, toutefois, la démarche peut ressembler à une belle opération de communication; le marketing d’une entreprise indienne dans un monde occidental où certains sénateurs américains n’hésitent à comparer les SSII indiennes à des usines à main d’oeuvre sous-payée, sinon littéralement exploitée. A charge, on relèvera avec innocence que les personnalités retenues pour préfacer l’édition française de l’ouvrage de Vineet Nayar ne sont peut-être pas totalement neutres. On compte ainsi Bertrand Collomb, président de Lafarge, et Francis Mer, vice-président de Safran. Le premier a récemment confié un important contrat à HCL Technologies – mais dont les détails n’ont pas été communiqués. Pour le second, officiellement, on ne trouve pas trace de contrat entre Safran et HCL. Mais le CV d’un collaborateur de la SSII indienne fait clairement référence à Safran dans la liste des clients aérospatial qu’il a été amené à gérer. Indice ou fausse piste ? L’avenir le dira peut-être.

Et puis, le 16 mai dernier, Vineet Nayar a donné une conférence de management à l’Aéroclub de France. Sous la présidence de Gérard Collomb et la participation de Blaise Jaeger, Senior Vice-Président de Thales, un partenaire de longue date de HCL Technologies. Ceux que l’on pourrait donc être tenté d’appréhender comme des cautions du discours affiché par Vineet Nayar ressemblent donc diablement à des partenaires d’affaires. Enfin, deux jours après son intervention, le patron de HCL a eu tout le loisir, avec Francis Mer, de faire passer son message auprès de 30 Pdg français réunis au Fouquet’s pour l’occasion. Bref, un esprit chagrin n’aurait pas de mal à voir là une opération de communication visant à valoriser l’image de HCL dans l’hexagone avec un message subliminal simple : «avec nous, les syndicats seront rassurés et ne viendront pas vous parler d’exploitation de petites mains mal payées dans un pays à bas coût.»

Mais qu’en est-il exactement sur le terrain ? Une question que mon confrère Luc Fayard, des Echos, ne manque d’ailleurs pas de se poser très justement. A l’automne dernier, lors d’une rencontre avec des salariés de HCL Technologies, ceux-ci m’ont clairement paru épanouis. Mais ce n’était pas non plus une rencontre improvisée. Ayant anticipé une telle rencontre, j’avais évoqué le sujet quelques jours plus tôt avec un syndicaliste, à Bangalore. Pour lui, la philosophie de Vineet Nayar «est une bonne philosophie, plus ou moins sincère. N’oublions pas que durant la récession, ce sont les seuls à avoir continué d’embaucher. Ils offrent une bonne formation mais, côté dialogue social, je trouve qu’ils manquent encore d’ouverture; je pense qu’ils peuvent faire bien plus. Mais je ne les blâmerai pas : tant que le Nasscom n’arrêtera pas de dire “personne ne discute avec les syndicats”, les choses avanceront peu.» Du positif, donc, mais, sur le terrain du dialogue social, il semble qu’il y ait encore pas mal de chemin à parcourir. Début avril, les méthodes de HCL Technologies, en Irlande, ont d’ailleurs fait débat. De même que celles de l’un de ses clients locaux, British Telecom. Récemment, toutefois, un pas avant pourrait avoir été franchi.

HCL a remporté, au printemps dernier, un contrat d’externalisation informatique auprès du Guardian. Et plusieurs personnes des services informatiques internes au journal ont été transférées chez HCL «dans le cadre de la législation européenne sur les syndicats. Dans ces circonstances, elles ont droit à la reconnaissance syndicale dans la nouvelle entreprise,» explique une source syndicale. Et de préciser que HCL «a été très lent à nous rencontrer – cela a pris 6 mois pour organiser une authentique réunion ! – mais je suis heureux d’annoncer que la reconnaissance syndicale a été validée pour ces personnes. […] Nous n’en sommes pas complètement sûrs, mais nous pensons qu’il s’agit du seul groupe syndical reconnu par HCL au Royaume-Uni,» indiquait, début juin, cette même source.

Enfin, Luc Fayard se pose la question de savoir qui, dans le modèle développé par Vineet Nayar, a «l’honneur d’être inclus» dans «cette fameuse zone de création de valeur.» La réponse est peut-être à chercher dans les propos que le Pdg de HCL tient lui-même devant ses troupes, comme lors de son bain de foule corporate de Gurgaon, dans la banlieue de New Delhi, à l’automne dernier. Le message était clair : «nous ne gagnons pas des marchés grâce à notre efficacité; nous les gagnons grâce à l’incompétence de nos concurrents. […] Bougez-vous le cul.»

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Un commentaire pour “Les employés d’abord, les clients ensuite… plus qu’un bon coup marketing ?”

  1. Le 5 juillet 2011 à 17:47

    Luc Fayard dit:

    Merci de me citer et bravo pour un article comme celui-ci, comme j’aimerai tellement en lire plus: documenté, précis, qui cherche, qui interroge. Pour ceux qui ne m’ont pas lu, je précise que ma contribution sur le sujet n’est qu’une simple critique du livre et non pas une enquête fouillée comme ici. Mais c’est vrai que le sujet m’intrigue et du coup, je suis allé interviewer le DG France de HCL, Chris Connors Je publierai très bientôt cette itw webtv…

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