India

Regards croisés sur la crise financière telle que l’a traversée Bangalore

Si l’industrie IT indienne a clairement et rapidement relevé la tête, la traversée de la crise financière n’a pas été complètement indolore. Cela s’est traduit dans les résultats trimestriels des grandes SSII indiennes, tout particulièrement entre le 4ème trimestre 2008 et le 3ème trimestre 2009. Mais sur le terrain, au quotidien, et précisément à Bangalore, comment cela s’est-il passé ? C’est la question que j’ai posée à trois personnes qui vivent sur place : deux indiens et un français.

Karthik Shekhar, secrétaire général du syndicat Unites en Inde.

Pour Karthik Shekhar, secrétaire général du syndicat Unites, la crise a dû générer «environ 50 000 pertes d’emploi. Officiellement, l’industrie ne fournit pas de chiffres; nous tirons cette estimation des contacts que nous avons eu. Les salariés de Wipro que tu as rencontré la dernière fois font partie de ceux qui ont perdu leur boulot pendant la récession.» Pour Michel Guez, qui dirige l’implantation indienne de Smartesting, «il y a eu une réaction tardive, comme un tsunami qui serait arrivé avec un temps de retard. Mais quand les grandes SSII ont pris la mesure de la chose, leur réaction a été violente. Elles ont coupé toutes les dépenses, viré des sous-traitants – il faut bien avoir à l’esprit que 20 à 30 % des effectifs réels de ces SSII ne sont pas employés en interne. Ces sous-traitants ont sérieusement souffert. Notre partenaire de l’époque, par exemple, a du passer, du jour au lendemain, de 100 collaborateurs à une petite vingtaine. Et encore, en inter-contrat…» Un épisode violent, donc, mais très court.

Une rue de Bangalore - et pas la plus animée, loin de là.

Pour Karthik Shekhar, il y a eu «une pause de six à sept mois.» Lavanya Sankaran décrit plutôt une période d’attentisme de «3 à 6 mois.» Pour Michel Guez, les difficultés se sont concentrées sur les premiers mois de 2009 et, dès le mois de juin de cette année-là, «on peut dire que le plus dur était passé» même si certaines entreprises ont conservé une attitude relativement prudente, par crainte d’un «double dip», d’une rechute des économies. Après, l’activité est repartie. Portée notamment par la demande intérieure, soulignent Lavanya Sankaran et Karthik Shekhar : «de grands projets IT ont été lancés, à commencer par le projet Unique ID. Mêmes les multinationales se sont intéressées au marché domestique indien. Et si elles ont remporté des contrats, elles ont embauché des indiens pour les exécuter.» Du coup, pour le syndicaliste, «alors que les Infosys et Wipro étaient concentrés sur les marchés occidentaux, l’opportunité était trop belle pour les Accenture et IBM.

Du coup, aujourd’hui, la crise semble «loin maintenant», pour Michel Guez : « ce que je ressens ici, c’est une activité très forte. Marchez là, dans la rue qui passe devant. Elle fait 3 km de long et tous les 50 m, vous trouverez un chantier.» Bref, pour lui, le rebond d’après la crise, «ce n’est pas que des chiffres; c’est quelque chose de visible au quotidien.»

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