India

Satyam : la réunion dont est né le scandale

La chaine de télévision indienne Network 18 a pu accéder aux minutes de la réunion du conseil d’administration du Satyam du 16 décembre dernier, celle dont est né le scandale. Ces minutes montrent tout d’abord que plusieurs membres du conseil d’administration ont émis des réserves sur le projet de rachat des entreprises de BTP Maytas, évoquant « une dilution du cœur de métier » de la SSII. Pour faire passer la pilule, Ramalinga Raju, l’ancien PDG de Satyam, aurait sonné le tocsin, brandissant la menace d’un rachat par un concurrent étranger tel qu’IBM.

Les minutes d’une autre réunion, celle du comité d’audit de Satyam, mi-octobre dernier, montre aussi Ram Mynampti, ex-PDG par intérim de la SSII, éviter de répondre Vinod Dham, alors administrateurs, sur les rapports entre Satyam et la Banque Mondiale.

Parallèlement, l’enquête s’élargit. Désormais, les autorités indiennes s’interrogent sur le rôle de Ramalinga Raju dans rien moins que 240 entreprises desquelles il aurait été plus ou moins proche. Et de chercher à comprendre comment l’ancien PDG de Satyam aurait finalement siphonné les comptes de Satyam d’un milliard de dollars. Mais Ramalinga Raju ne se laisse pas faire : il aurait effacé un mois de correspondance électronique.

Se pose enfin la question de la responsabilité des membres du conseil d’administration, lesquels avaient successivement démissionné de leurs fonctions courant décembre. Selon un document obtenu par The Hindustan Times, le gouvernement souhaiterait leur faire partager la responsabilité du scandale. Le rôle de PwC fait également l’objet d’une enquête.

Un travail de fourmi

La correction des comptes de Satyam risque quant à elle de prendre du temps. Ramalinga Raju a en effet confessé avoir trafiqué les comptes de quelque 28 trimestres ! Le travail risque d’être d’autant difficile que KPMG et Deloitte, les deux cabinets retenus par le nouveau conseil d’administration de Satyam – récemment remplumé de trois membres supplémentaires – pour l’audit de ses comptes n’ont pas le droit d’exercer en Inde, l’ICAI, la chambre syndicale des comptables indiens… Mais la situation est complexe : KPMG et Deloitte exercent indirectement en Inde, via des sociétés comptables locales.

Un quotidien toujours délicat

Pendant que l’enquête avance, la situation, sur le terrain, ne s’améliore guère. Le conseil d’administration de la Satyam, que le gouvernement indien se refuse pour l’heure à aider financièrement, aurait entamé des négociations avec plusieurs banques pour financer une trésorerie à court terme… limitée à 7 jours de réserve avec la défection présumée de six clients.

D’ailleurs, selon Times of India, les cadres de la Satyam peineraient à conserver les clients. Et les concurrents de la SSII, malgré les exhortations du Nasscom, n’y sont probablement pas pour rien. Infosys, par exemple, assure ne pas chercher à démarcher les clients de Satyam, mais « laissons-les venir à nous. C’est un marché libre et s’ils veulent nous choisir, alors nous prendrons le marché. » Même chose du côté de TCS, où l’on explique avoir déjà été approché par des clients de Satyam. Bref, pas question de tirer ouvertement sur l’ambulance, mais pas question non plus de lui ouvrir un corridor sanitaire.

Du côté des salariés, le moral ne semble pas au beau fixe. A Chennai, un collaborateur de Satyam se serait ainsi suicidé de crainte de perdre son emploi. 

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