India

Satyam, un Enron sauce curry

« Dear Board Members,

It is with deep regret, and tremendous burden that I am carrying on my conscience, that I would like to bring the following facts to your notice:

1. The Balance Sheet carries as of September 30, 2008

a. Inflated (non-existent) cash and bank balances of 50.40 billion rupees ($1.04 billion) (as against 53.61 billion reflected in the books).

b. An accrued interest of 3.76 billion rupees which is non-existent.

c. An understated liability of 12.30 billion rupees on account of funds arranged by me.

d. An overstated debtors position of 4.90 billion rupees (as against 26.51 billion reflected in the books)

2. For the September quarter (Q2) we reported a revenue of 27.00 billion rupees and an operating margin of 6.49 billion rupees (24 pct of revenues) as against the actual revenues of 21.12 billion rupees and an actual operating margin of 610 million rupees (3 percent of revenues). This has resulted in artificial cash and bank balances going up by 5.88 billion rupees in Q2 alone. »

C’est par ces mots que Ramalinga Raju, co-fondateur et patron de Satyam, débute sa lettre au conseil d’administration (enfin à ce qu’il en reste après les départs en série qui l’ont décimé en fin d’année dernière), lettre par laquelle il présente sa démission. C’est bien le moins. Puisque le fondateur de la quatrième SSII indienne avoue avoir truqué les comptes de sa société – à hauteur de un milliard de dollars – avec assiduité et régularité. Il y décrit un « petit » truquage qui s’est accru au fil de trimestres. « Toutes les tentatives pour résorber cette différence (entre la situation réelle de Satyam et celle reflétée par ses comptes) ont échoué », écrit Raju dans la suite de sa lettre. C’est beau comme du Sanjay Kumar, l’ex Pdg de Computer Associates aujourd’hui en prison, ou du Kenneth Lay, l’ex Pdg de Enron. Le récent scandale qui a entouré la SSII, le rachat surprise d’entreprises du BTP appartenant à la famille Raju – opération qui avait soulevé une bronca chez les actionnaires -, n’était donc en fait qu’une tentative de la dernière chance pour « remplacer ces actifs fictifs par de vrais », comme l’avoue benoîtement l’ex patron de Satyam.

Suite à ces révélations, Merrill Lynch a très courageusement mis fin au contrat qui le liait à la SSII : la banque d’affaires avait été mandaté par le conseil d’administration pour étudier les « opportunités stratégiques » (comprendre une fusion avec un autre groupe) suite à l’opération avortée sur les entreprises de BTP, qui n’était en fait que le prélude à un scandale bien plus large. Et bien plus embarrassant pour la capitalisme à l’indienne.

PwC signe les yeux fermés

Si elle jette l’opprobe sur la quatrième SSII du sous-continent (53 000 personnes), l’affaire Satyam amène aussi le soupçon sur l’ensemble des prestataires indiens, notamment les trois autres grands de la bande des quatre (Wipro, TCS et Infosys). Si le titre Satyam a décroché de 78 % hier à la bourse Bombay, c’est l’ensemble du marché indien qui a fini la journée d’hier totalement déprimé.

Si les SSII du sous-continent doivent rapidement rassurer, toute la presse indienne attend également avec impatience les explications – qui s’annoncent passionnantes – de PriceWaterhouseCoopers (PwC), l’auditeur financier de Satyam. Et notamment de l’associé en charge de ce dossier, Srinivas Talluri. « Pour PwC, ce sera l’équivalent de ce que fut Enron pour Andersen », prévient un juriste, Shreshta Tiwari, interrogé par The Economic Times, un journal du sous-continent.

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Un commentaire pour “Satyam, un Enron sauce curry”

  1. Le 7 janvier 2009 à 19:17

    Jay Hanmantgad dit:

    Comment une entreprise peut mettre en erreur tous les autres du même pays? Enron n’a pas pour l’ensemble des États-Unis.

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