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Après les attentats de Bangalore : sécurité ou confort ?

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L’Université de Pune, qui avait commencé à accepter les inscriptions en ligne il y a deux ans, a dû reporter l’échéance du processus la semaine dernière. Cette prorogation a été décidée afin de donner une chance à de nombreux étudiants privés d’accès à Internet. Cette privation a une raison simple : les cybercafés de la ville étaient tous fermés. Leurs propriétaires ont entamé une grève afin de protester contre de nouvelles et sévères restrictions les concernant, imposées par la police locale.

Ces mesures trouvent leur origine dans les attentats qui ont frappé Bangalore et Ahmedabad au mois de juillet : l’enquête de police a conduit à un courriel envoyé via le réseau WiFi d’un citoyen américain installé à Navi Mumbai. D’autres courriels identiques auraient été envoyés depuis des cybercafés, dans d’autres villes du pays. Du coup, de nouvelles règles ont été introduites pour les cybercafés. En fait, de nombreuses règles relatives l’identification des clients des cybercafés existent déjà. Mais elles sont appliquées avec laxisme. Les récents attentats ont juste permis au ministère de l’Intérieur indien de se réveiller.

Une économie très développée

Les premiers cybercafés sont apparus en Inde il y a environ 13 ans. Investissement minimal et clientèle assurée ont permis le développement de ces échoppes. Rien qu’à Pune, leur nombre est estimé à 1 500. La douce mélodie de l’argent fait partie de leur quotidien : 3 MRs de chiffre d’affaires. Les cybercafés sont d’une grande aide aux étudiants venus d’autres coins du pays : ils n’ont généralement pas d’accès domestique à Internet. Les cybercafés leur servent à de nombreux usages, comme la consultation et la réponse à des offres d’emploi.

Dialogue de sourds

Mais tout ça, c’est fini pour le moment. Le président de l’association des cybercafés de Pune, Rahul Pokle, explique que les cybercafés se sont vus demander de produire leurs reçus de paiement d’impôts, les autorisations des services sanitaires municipaux et différents agréments, ainsi que des plans des locaux. Mais il a précisé que les services sanitaires ont, dans un premier temps, refusé de délivrer les autorisations ad-hoc.

L’obtention des plans eux-mêmes pose problème. Rahul Pokle explique ainsi que 300 cybercafés sont installés dans des anciens bâtiments, construits avant qu’il n’y ait d’obligation cadastrale. Pour les gérants de ces cybercafés, produire un plan précis est impossible. De son côté, la police assure que, si ces dispositions sont contraignantes, elles n’en sont pas moins nécessaires et justifiées par les impératifs de sécurité. Mais elle ne compte officiellement que 479 cybercafés dans toute la ville, dont un seul serait régulièrement enregistré.

Des mesures anciennes

Il y a sept ans, lorsque le parlement indien à New Delhi, a fait l’objet d’une attaque, il a été demandé à tous les cybercafés du pays de tenir un registre de leurs clients. Mais la réalité en est très éloignée. Moi-même, je surfe régulièrement sur Internet dans des cybercafés depuis 8 ans. Et je présente régulièrement une pièce d’identité. Mais les propriétaires rechignent à la demander ; le processus est fastidieux pour des clients qui restent peut-être seulement deux heures.

A côté de ça, pendant que j’écrivais ce billet, on apprenait par la télévision que Kenneth Haywood, le citoyen américain dont le réseau WiFi a été utilisé pour envoyer le courriel de revendication des récents attentats, a quitté l’Inde. Haywood est entendu par la police dans le cadre de l’enquête sur ces attentats. Dans ce cadre, quitter le pays lui était interdit. Pourtant, il a pu s’envoler pour les Etats-Unis depuis New Delhi. Voilà qui donne une drôle de morale à cette histoire : que les cybercafés soient ouverts ou non, la sécurité n’en est pas plus assurée.

Traduction & adaptation par Valéry Marchive.

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Un commentaire pour “Après les attentats de Bangalore : sécurité ou confort ?”

  1. Le 21 août 2008 à 21:45

    Cédric dit:

    Je confirme que le processus d’accès à une machine dans un cybercafé n’est pas spécialement rigolo. Ceci nombre de fois la sécurité s’est révélé très laxiste (pas de carte d’identité… bon tant pis… pas grave, mais pensez y la prochaine fois)

    Ceci dit, habitant à Pune même et n’ayant pas d’Internet chez moi, je m’inquiète…. et ne suis pas au courant de cette grève

    Ceci dit, je doute qu’il soit réellement possible de surveiller pour de vrai les cybercafés : trop de monde, pas de flicage (à priori).
    Bref, comme le dit le ticket, il faudrait peut être mieux se concentrer sur d’autres aspects de la sécurité.

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