India

Suicide et viol au menu de l'actualité de l'industrie IT indienne

Sandeep Shelke

La ville de Pune, connue pour son riche passé et, à l’époque moderne, pour ses entreprises spécialisées dans les technologies de l’information et de la communication, a attiré sur elle l’attention des médias avec deux incidents survenus la semaine dernière. Ces deux incidents sont liés à la florissante industrie IT et à ses effets sur la société. Ils ont également montré comment cette nouvelle industrie s’avère en décalage avec la société indienne, tout en mettant en exergue des questions relatives à cette industrie, questions restées sans réponse.

Le premier de ces incidents a été le suicide d’un ingénieur en développement logiciel à Pune, suicide qui a fait les gros titres de la presse indienne. Sandeep Shelke, un employé de Persistent Systems, s’est jeté de la fenêtre de son bureau, au septième étage. Avant cela, Sandeep Shelke avait informé son frère de son projet, par SMS. Son frère, plus jeune, travaille chez Tech Mahindra, une entreprise installée face à Persistent Systems. Dans une note, Sandeep Shelke donne les raisons de son acte désespéré : le stress du travail et son incapacité à répondre aux attentes de ses supérieurs.

Sandeep Shelke, 25 ans, était diplômé d’un IIT (Indian Intitute of Technology). Il avait voyagé à l’étranger et dirigeait une équipe de développeurs chez Persistent Systems. Son décès a suscité l’émoi, dans la ville, sur le stress au travail. Il provoqué la prise de conscience, dans la société indienne, de la pression que doivent supporter les professionnels des entreprises IT, une pression supérieure à celle que l’on peut rencontrer dans d’autres industries. Mais l’argent et les meilleures perspectives d’emploi conduisent les parents à pousser leurs enfants vers l’industrie IT.

Reste que, avec l’actuel ralentissement de l’économie américaine (d’où provient l’essentiel de la clientèle de l’industrie IT indienne), le naufrage du dollar et l’inflation en Inde, les entreprises IT sont déjà en difficulté. Les salaires augmentent peu [moins vite que l’inflation, NDLR] et les employés sont censés offrir plus. Dans ce contexte morose, la sécurité de l’emploi n’est plus garantie. Autant de facteurs qui contribuent aux incidents tels que le suicide de Sandeep Shelke. A Pune, ce n’est d’ailleurs pas une première. Pas plus qu’à Bangalore. De leur côté, les entreprises affirment qu’elles font de leur mieux pour traiter le stress de leurs employés. Mais c’est la concurrence qui est le principal responsable.

La sécurité des salariés en question

Samedi, une employée d’une entreprise spécialisée dans l’externalisation de processus métier (BPO), aurait été violée par un chauffeur de taxi [NDLR: le viol vient d’être confirmé par l’expertise médicale]. La jeune fille, âgée de 22 ans, travaillait dans le centre de BPO d’IBM. Selon ses dires, elle a été appelée par un collègue dans la nuit. Mais, en chemin vers son bureau, elle aurait été violée par le conducteur de taxi et ses amis. L’incident a largement choqué. Les policiers enquêtent sur l’affaire. Là encore, ce ne serait pas une première. En octobre 2007, Jyotikumari Chaudhari, 22 ans, employée de Wipro BPO, a été violée et assassinée par le conducteur de la Jeep de l’entreprise. Après cela, les entreprises de BPO ont reçu l’ordre de suivre certaines règles telles que ne pas permettre aux femmes de voyager seules avec un chauffeur ou encore installer un système GPRS dans les voitures. Mais ce nouvel incident pourrait mettre en lumière les lacunes du système.

Il pose aussi la question des disparités salariales. Des employés d’entreprises de BPO, qui viennent parfois de tout juste passer le 12ème échelon, peuvent être payés des salaires dix ou vingt fois supérieurs à celui de salariés du 4ème échelon. Mais parfois, le niveau de qualification des deux est le même.

Sans oublier les questions culturelles. Il y a tout juste deux mois, j’ai couvert la grève d’une journée des chauffeurs au sein d’une entreprise spécialisée. Outre d’autres exigences, les chauffeurs souhaitaient que l’on impose un code vestimentaire aux employées des entreprises de BPO. Le leader des grévistes, Nana Kshirsagar, m’avait indiqué, à l’époque, à quel point il pouvait trouver le comportement de ces filles « déplacé et obscène. » [NDLR: il faut remettre les choses dans leur contexte; en Inde, un baiser « à la française » peut être considéré comme obscène; la pornographie est interdite.] « Ca excite les chauffeurs », m’a-t-il dit. Les médias indiens sont remplis d’histoires portant sur la conduite peu conforme à l’étiquette des employées de centres d’appel. Et comme la majorité de ces employées viennent d’autres villes et d’autres états, elles constituent une cible facile pour les dépravés et les pervers. Quand une fille tombe dans leurs griffes, elle est non seulement l’objet de désir mais aussi, un peu, de jalousie. Paradoxalement, l’accusée parvient généralement à s’attirer la sympathie du public.

De leur côté, les médias – comme d’autres industries – perçoivent les employés des entreprises IT et de BPO comme leurs principaux consommateurs. Du coup, tout ce qui leur arrive monte en première page. Et plus les médias font de bruit autour de ces incidents, plus l’industrie désespère. C’est pourquoi, dans les deux cas évoqués ci-dessus, les entreprises concernées se sont limitées à exprimer leur sympathie avec les victimes, sans faire de plus ample commentaire. Comme si un commentaire avait été synonyme de confession !

Traduction & adaptation par Valéry Marchive.

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Un commentaire pour “Suicide et viol au menu de l'actualité de l'industrie IT indienne”

  1. Le 14 août 2008 à 14:38

    voila pourquoi... dit:

    …il n’y a pas de fenêtre dans les locaux de la sgcib !!!!!

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