India

Marketing climatique

En ce moment, c’est la mousson à Mumbai, la saison des pluies. Ca ne signifie pas qu’il pleut en continu – du moins depuis deux jours – mais que les pluies surviennent sans prévenir et sont d’une rare violence. Dans ces conditions, les cadeaux marketing de Vodafone semblent parfaitement appropriés : un blouson imperméable pour la souscription d’un abonnement à 600 roupies par mois, et un parapluie pour l’ouverture d’une ligne en prépayé « à vie » (le numéro n’expire pas). Mais il doit falloir penser à demander le cadeau : j’ai pris ce type de ligne en prépayé – pour accéder à la recharge maximum –  et l’on ne m’a pas proposé le parapluie. Sale temps…

Vite lu dans la presse indienne

– Comme partout dans le monde, le prix de l’or noir constitue une préoccupation, ici, en Inde. Dans l’édition du dimanche 13 juillet du Sunday Times, Saurabh Sinha signe un article sans concession sur la situation difficile des compagnies aériennes indiennes : « Vous avez réservé votre billet à l’avance ? Priez pour que la compagnie aérienne survive. » Et de souligner qu’aucune réglementation comparable à celles que l’on connaît en occident ne protège les clients locaux des compagnies aériennes indiennes. Citant Richard Branson, le patron de Virgin Atlantic, le Mumbai Mirror renchérit : il y aura « des dégâts spectaculaires » dans l’industrie aéronautique au cours des 12 prochains mois.

– L’inde va-t-elle pouvoir continuer de s’appuyer sur son industrie des services informatiques pour assurer sa croissance ? Ce secteur se porte bien, avec une croissance à deux chiffres (entre 22 et 24 % pour 2008 contre 28 à 29 % en 2007), mais la question d’un changement de modèle d’affaires est déjà d’actualité. Som Mittal, président du Nasscom, l’avait déjà brièvement évoqué lors d’un entretien avec LeMagIT. Il le confirme dans le Mumbai Mirror du 13 juillet : « les pays voisins [Chine, Philippines, Sri Lanka] sont sur le point de gâcher la fête ». Et de travailler déjà à de nouveaux modèles pour l’horizon 2020.

– Ici, c’est la rentrée des classes. Deux sujets se télescopent dans l’actualité locale : l’exigence de qualité en matière de résultats scolaires et la prise en charge des éléments que l’on pourrait qualifier de difficiles. En Une du Sunday Times du 13 juillet, Hemali Chhapia relève cette problématique apparemment nouvelle : un nombre d’élèves croissant obtient des notes très élevées, bien trop pour les capacités d’accueil des écoles supérieures. En page 2, Malini Sen développe la question des enfants qui peinent dans le système scolaire indien, enfants « souvent qualifiés de bêtes ou de paresseux. » Un film a même été consacré au sujet, Taare Zameen Par, apparemment bien reçu par la critique.

– Le Home Cinema attire aussi ici, en Inde. Dans le Sunday Times, encore, Carol Andrade raconte l’histoire d’un indien de Mumbai qui a sacrifié chambre et salle de bain pour se construire une pièce Home Cinéma dans son appartement. L’idée ne manque peut-être pas de sens : l’Inde est de plus en plus envahie par des multiplex particulièrement onéreux, avec des places de cinéma de 100 à 500 roupies, contre 100 roupies environ pour une place dans un cinéma « conventionnel ».

– Le mythe des coupures d’électricité à Mumbai n’en est pas un. Devraj Dasgupta, indique ainsi que la région de Mumbai doit se préparer à les voir survenir avec une fréquence accrue. Mais pour lutter contre ce fléau, Tata Power Trading prévoit d’acquérir 150 MW de capacité supplémentaire. Bien sûr, les coupures d’électricité ne concernent pas les hôtels, les complexes immobiliers de standing ni les entreprises : ils disposent de groupes électrogènes.

Le numérique n’a rien enlevé de sa magie à la photo

Et loin s’en faut ! Il n’y a qu’à voir comment les enfants indiens, mais aussi les ados et même les jeunes adultes, sans distinction de caste, aiment prendre des photos et s’en amusent. C’est à se demander même si le numérique, et sa propagation dans les téléphones mobiles, n’ont pas contribué à démocratiser à l’extrême la pratique photographique.

Cette réflexion, je la dois à un groupe de quatre étudiants français sur le point d’entrer en 4ème année à l’automne. Ils sont ici, dans la région de Mumbai depuis une semaine et y restent encore deux. Ce qui les amène ici, c’est un projet associatif monté dans le but d’apporter des soins aux enfants des bidonvilles et de les distraire au travers d’animation sportives et artistiques ou de sorties.

Le hasard fait bien les choses. Ce matin, je suis sorti grignoter du côté de la gare de Churchgate. Et je suis tombé sur ces quatre étudiants entourés d’une horde intenable de trente gamins pleins de vie. Il était impossible de ne pas remarquer l’attraction irrépressible qu’exerce sur eux un appareil photo : les compacts des quatre français passent interminablement de mains en mains ; jusqu’à vider la batterie bien avant la fin de la journée.

J’ai donc passé mon après-midi avec cette joyeuse troupe à répondre de bon cœur aux sollicitations récurrentes : « One more picture, please ! One more ! » Et l’un des français de m’expliquer : « en une semaine, on a fait plus de 2500 photos avec eux. Et encore, aujourd’hui, on a juste emmené les filles, plus calmes et plus faciles à tenir ! » Tu parles ! Pour les satisfaire, il aurait fallu jouer du déclencheur à une cadence infernale.

Tout ce petit groupe n’a pas, comme il se doit, manqué d’attirer sur lui l’attention des autres indiens, notamment lors de l’interminable attente pour la virée en bateau dans le port de Mumbai. Et plusieurs de dégainer leurs téléphones mobiles pour prendre des photos de la troupe ! Et puis c’est de bon cœur que l’on s’est parfois prêté au jeu, à accepter de poser bras dessus-bras dessous avec un indien pour être pris en photo en sa compagnie.

Après cette journée « bol d’air » très vivifiante, les choses sérieuses commencent ce lundi, avec la rencontre des responsables de KPIT Cummins, l’une des grandes SSII indiennes (plus de 4500 employés, plus de 100 M$ de CA).

Le mobile, même en moto, sans casque ni kit mains libres

Je suis arrivé à Mumbai vers 6h30, heure locale. Le temps de trouver un taxi et de récupérer ma chambre d’hôtel, il était dix heures, le bon moment pour m’atteler à ma première tâche sur place : me procurer un moyen de communication mobile efficace et pas trop cher. En effet, durant les prochaines trois semaines , je devrais rester joignable autant que lorsque je suis en France, que ce soit par mes collègues restés à Paris ou par les personnes que je dois rencontrer ici, quelque part entre Mumbai, Bangalore ou Dehli. Mais il n’est pas question d’exploser le budget prévu pour ce voyage pour les beaux yeux de l’un de nos opérateurs mobiles hexagonaux.

En Inde, Vodafone enregistre les pré-commandes pour l\'iPhone.Mon dévolu s’est jeté sur Vodafone. Ce n’est pas vraiment un hasard : l’opérateur dispose d’un point de vente à 50m de mon hôtel. En devanture, on peut d’ailleurs voir le teasing opéré autour de l’iPhone 3G. Cette proximité de l’antenne Vodafone n’est pas non plus un hasard : face à Airtel ou encore Reliance, Vodafone serait en position de force à Mumbai, selon une amie qui vit dans la banlieue de cette mégapole.

Pour prendre une carte prépayée, il faut se munir de son passeport ainsi que de l’adresse complète de son hôtel, même si l’on ne doit y rester que quelques jours. Surtout, il faut prévoir une photo d’identité. Un peu partout en ville, de petites officines proposent d’en réaliser en quelques minutes, à la manière de nos photomatons. Mais là, l’automatisation est réduite au minimum. Par exemple, à la gare de Church Gate, où j’ai fait réaliser ladite photo, le père tient l’officine et la caisse; un premier fils s’occupe des prises de vue, avec un petit compact numérique, mais aussi du calage du rideau qui sert d’arrière plan, de la mise à l’échelle et de l’impression sur une imprimante photo couleur domestique; un second fils assure le découpage et la livraison des photos au client. Une fois muni de tous les documents nécessaires, l’activation de la ligne prépayée est allé très vite.  

Du coup, j’ai pu commencer à communiquer mon numéro de mobile indien à toutes les personnes concernées. Et devinez quoi ? Mon téléphone s’est mis à sonner dans les minutes qui ont suivi ! Il faut dire que le mobile rencontre ici le même succès que partout dans le monde : je n’ai pas le taux d’équipement sous la main, mais il est difficile de croiser un indien qui ne tienne pas son mobile dans la main dans la rue. 

Quai de gare, à Mumbai, en heure creuseEn prenant le train pour aller dans le quartier de Bandra, je n’ai, en revanche, presque pas entendu de sonnerie de téléphone. Mais ce n’était ni un jour, ni une heure de pointe. Ce qui n’a pas empêché le wagon d’être bondé, une configuration finalement peu propice aux longs échanges téléphoniques. Et puis il y a les prix des communications. Rapportés au budget d’un européen, ils sont ridicules. Par exemple, appeler à Chennai depuis Mumbai, m’a coûté 1,5 Rs/min avec ma carte prépayée, l’équivalent de 0,02 €/min. reste que, rapportée au salaire d’un indien, la facture peut vite être significative.

Rue de Mumbai, perçue depuis un Rickshaw (sans le son)Ici l’interdiction d’usage du mobile au volant n’existe pas. Dans la rue, j’ai même vu plusieurs indiens téléphoner au volant de leur moto – dont un avec passager -, sans kit mains libres ni casque sur la tête. Franchement, j’en ai frémi compte tenu de la densité de la circulation routière locale et… de son côté chaotique aux yeux de qui débarque fraîchement des routes bien ordonnées et largement surveillées de France. 

Enfin, les services de type « ringback tone » – on écoute de la musique pendant que ça sonne chez son correspondant – m’ont l’air plutôt populaire, même chez les trentenaires : j’y ai été confronté avec plusieurs correspondants – tous sortis depuis longtemps de l’adolescence – au cours de cette première journée.

A la découverte de l'Inde

L’Inde reste largement perçue comme la « base arrière » de l’industrie IT mondiale. A tort, si l’on en croît Som Mittal, président du Nasscom, que nous avons interrogé récemment. Quoiqu’il en soit, les industriels indiens des nouvelles technologies s’intéressent de plus en plus à leurs homologues occidentaux, et à leurs marchés domestiques. La réciproque est également vraie. La rédaction du MagIT a voulu explorer les raisons de cet intérêt réciproque et ses enjeux, tant en termes de marché que d’opportunités ou de menaces pour les entreprises et les informaticiens européens, et plus particulièrement français.

Pendant trois semaines, je serai donc sur place, en Inde, à rencontrer des industriels locaux mais aussi les représentants d’entreprises occidentales installées sur place. A voyager entre Mumbai, Pune, Bangalore, Chennai, New Dehli et sa province.

Tout au long de ce périple, je serai confronté aux services qu’apportent les nouvelles technologies aux indiens. Au travers de rencontres, je tâcherai de vous apporter un éclairage – modeste – sur la manière dont les indiens s’approprient, au quotidien, les nouvelles technologies, et comment celles-ci – et l’importance croissante des industries IT sur le marché de l’emploi – influent sur les modes de vie et les mentalités.