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L’environnement, un défi supplémentaire pour l’Inde

Des poubelles, dans un quartier de Mumbai, en dehors du centre ville. Les corbeaux se portent bien; merci pour eux.

Au mois de juillet, j’ai profité de ma présence en Inde pour évoquer la pollution des eaux de surface et des sols dans le sous-continent. Alors que j’étais à New Delhi, un indien a fait le lien entre préoccupation écologique et castes. Oui ; on y revient. Pour ce cadre en entreprise, les deux questions sont intimement liées : « un indien, commerçant qui a réussi par exemple, soigne sa maison, son intérieur, mais pas la rue dans laquelle elle se trouve ; ce n’est pas le rôle de sa caste, c’est celui des intouchables. »

En tant qu’occidental, je suis tenté de trouver cette vision très réductrice de la problématique de la pollution en Inde. J’ai bien envie d’y ajouter – au moins – une urbanisation trop brutale : un déchet organique jeté dans un champ le fertilise ; sur le bitume d’une rue, il pollue, tout simplement, ne serait-ce que sur un plan olfactif [et puis là, pour l’exemple, je ne parle que d’un déchet, pas de centaines ni plus dans certains endroits.]. A moins que ce ne soit la faute de l’asphalte ; mais c’est un autre débat.

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Vite lu dans la presse indienne

– La situation économique indienne commence à inquiéter. La croissance de la production industrielle est tombée à 5,4 % au mois de juin, contre 8,9 % un an plus tôt. [ToI] Les coupures d’électricité constituent une autre source de préoccupation : elles menacent la compétitivité des entreprises indiennes, sinon leur survie. [DNA] Mais KC Reddy, analyste chez ABM Amro, estime que l’Inde profitera probablement du ralentissement économique mondial. [DNA]

– Le développement logiciel serait, selon le Nasscom, une piste très prometteuse pour la croissance indienne. Cette activité devrait générer 12 Md$ de CA en 2015, contre 1,4 Md$ en 2008. [FE][ET] L’industrie IT devrait recruter quelques 100 000 personnes en Inde dans les prochains. [ToI] Infosys investit d’ailleurs 10 MdRs pour construire son plus important campus à Hyderabad avec une capacité de 25 000 personnes. [ET] Mais, côté, écoles supérieures, on relève néanmoins un recul des recrutements. [HT]

– Le turnover dans les entreprises indiennes de BPO aurait chuté de 20 points à 30 %, selon le PDG d’Infosys BPO. Principale raison : les salariés chercheraient maintenant à faire carrière dans les entreprises de BPO. [ET]

– La pluie arrive ! Et ce n’est pas forcément une très bonne nouvelle. L’ouest du Maharastra (Mumbai) est à la limite de l’inondation. [ToI] D’autres états, à commencer par le Karnataka (Bangalore), doivent s’attendre à d’importantes précipitations dans le courant de la semaine. [FE] La production électrique souffre, par endroits, de ces fortes pluies, en raison de l’inondation de mines de charbon. [MM]

Tata Tele Services s’apprête à commercialiser les services de communication électronique de RIM. [HT] Parallèlement, l’opérateur investira quelques 2 Md$ pour développer son réseau GSM. [FE] Avec l’objectif de 100 millions d’abonnés en 2011. [DNA]

– Le processus d’attribution des licences 3G, par enchères, devrait être finalisé le 30 septembre. [FE] Mais des observateurs s’inquiètent de ses limitations [ET] et de l’avantage compétitif donné à Airtel et Vodafone [ET], alors même que des opérateurs internationaux, un temps intéressés par le marché indien, devraient jeter l’éponge. [ET] Et certains de relever que, plutôt que de penser 3G, il faudrait peut-être déjà penser 4G. [FE] Parallèlement, le gouvernement indien demande de créer une zone sans couverture mobile, de 500m de large, à proximité des frontières. [HT]

– La sécurité avant tout. Il pourrait être désormais plus difficile d’acheter une carte SIM en Inde : le ministère local de l’intérieur propose que l’on oblige tout demandeur de présenter deux abonnés comme garantie. Le but est d’éviter que des terroristes n’utilisent la téléphonie mobile pour communiquer. [ToI] Et tant pis les auteurs des attentats de Bangalore et Ahmedabad ont utilisé des cartes SIM étrangères.

– La fibre optique démarre lentement à Dehli et Mumbai. L’opérateur BSNL ne compte pour l’heure, dans ces deux villes, que 4 500 à 5000 abonnés. Le déploiement physique des fibres poserait des difficultés. [DNA]

– Le réseau WiFi public de Mumbai sera protégé contre les piratages. C’est du moins ce qu’affirment les autorités qui prévoient un système complet et strict d’enregistrement des utilisateurs, d’authentification et de supervision. [DNA]

– Apprendre à travailler ensemble. Les SSII indiennes telles que TCS, Wipro, Satyam et Cognizant ne se contentent plus de former leurs salariés à la culture de leurs clients occidentaux : elles s’attaquent aussi à la formation culturelle de leurs clients afin d’améliorer la qualité des interactions. [ET]

– La bataille est engagée autour des brevets logiciels. Dans le Financial Express, Venkatesh Hariharan, directeur des affaires corporates chez Red Hat, prend la plume pour défendre le point de vue des acteurs du monde du logiciel libre. [FE]

Vol de données. La banque d’investissement californienne Thomas Wiesel Partners vient d’engager des poursuites à l’encontre de BNP Paribas et de l’un de ses employés indiens, à Mumbai, pour vol de données confidentielles. Thomas Wiesel Partners soupçonne le directeur de l’unité de recherche de BNP Paribas à Mumbai, parti précipitamment fin 2007, d’avoir profité de son accès privilégié à ses données clients. [ET]

– Mauvaise nouvelle pour les indiens « marginalisés » : le système des quotas dans le monde de l’éducation ne devrait pas s’appliquer cette année aux 13 IIT du pays. [DNA][NewsX]

Que devient le système des castes dans l’Inde moderne ?

Au cours de ma première semaine en Inde, je me suis hasardé à évoquer le sujet des castes sur la base de quelques témoignages. J’y suis revenu avec de nombreux interlocuteurs au cours de ces presque deux semaines.

Tout d’abord, du côté des entreprises IT, on clame haut et fort ne faire aucune discrimination à l’embauche sur la base des castes, ni même après, au niveau des salaires et des évolutions de carrière. Compte tenu des besoins importants en main d’œuvre de cette industrie et de ses difficultés à conserver ses talents, je suis clairement enclin à croire ces affirmations. Quoique.

Les français installés en Inde – et certains depuis près de 10 ans – avec lesquels j’ai pu aborder la question ont un regard quelque peu différent. Pour la plupart d’entre eux, il difficile de gérer ses équipes sans tenir compte des castes. Pour la cohésion d’une équipe, mieux vaudrait par exemple donner des responsabilités à la personne relevant de la caste la plus élevée au sein de l’équipe. Et éviter la promotion d’une personne d’une caste inférieure au détriment d’une autre relevant d’une caste plus élevée. Et quelques uns d’affirmer que le système des castes continue de générer des pressions dans le cadre du travail. [j’aurai l’occasion de développer ces témoignages au mois de septembre, lors de la publication du dossier Inde du MagIT]

Mais la discrimination par les castes n’aurait en fait pas à se faire à l’entrée dans l’entreprise, ou très peu : elle se ferait dès l’école. Ajaj Singh, directeur des contenus du site Web de la chaîne d’information NewsX, m’explique ainsi qu’il est difficile pour un indien d’une « basse » caste de poursuivre de longues études, ne serait-ce que pour de simples questions de recouvrement entre castes et catégories sociaux-professionnelles. Sans qu’il faille pour autant exclure les pressions psychologiques exercées par les élèves sur leurs pairs.

Ajaj en a profité pour me rappeler que la discrimination par les castes ou les religions, notamment, est illégale en Inde depuis 1950. Mais, cette disposition aurait longtemps été difficile à appliquer. Au point de pousser le législateur indien à instaurer des quotas à l’entrée des écoles supérieures afin de faciliter l’accès des plus basses castes aux longues études, dans les années 90. La mesure aurait provoqué un impressionnant tôlé à travers le pays.

Globalement, Ajaj estime que le système des castes peut avoir un certaine influence, modérée dans le monde de l’entreprise, probablement moins marquée que dans la société civile. Quant à connaître la caste à laquelle appartient quelqu’un, Devidas Deshpande, du Pune Mirror, me l’affirmé et démontré : il suffit de son nom de famille. 

Les castes, un spécificité très indienne

Depuis que je suis arrivé, mes proches me demandent de manière récurrente « c’est comment ? Tu supportes ? Il paraît que c’est pire que l’Afrique. » La réponse est oui, je supporte. A de nombreux égards, Mumbai me rappelle Mombassa, Guatemala City ou encore Le Caire. Avec ces mêmes contrastes liés à un développement économique rapide, trop rapide peut-être, où l’opulence des constructions les plus récentes côtoie la pauvreté de ceux venus des campagnes pour tenter d’entrer dans une société de consommation qui leur promet de nombreuses richesses.

Habitat "léger" à Mumbai

Je ne sais pas si c’est « pire » que l’Afrique ou que d’autres pays en développement. Reste que l’Inde a une vraie particularité : ses castes. L’œil du touriste qui se promène dans la rue ne les voit pas. Mais pour peu que l’on parle, en confiance, avec des indiens, le sujet vient vite sur la table : « tu peux faire de grandes études, mais sur ton CV, il y a ton nom, ton adresse, celle de ta famille, la caste à laquelle tu appartiens ; on ne t’embauchera pas pour un travail qui ne correspond pas à ta caste, même si tes parents ont fait des sacrifices pour de payer de bonnes études. » Pour beaucoup de jeunes indiens, partir à l’étranger, c’est pouvoir sortir de ce système. C’est aussi pouvoir accéder à des modes de vie plus libéraux, libérés en tout cas et au moins en partie du poids de la famille. Ce dernier point, j’aurai l’occasion plus tard d’y revenir. Notamment avec certaines facettes très éloignées des images d’Epinal.

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