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Les femmes indiennes préfèrent les mariages arrangés

Vous pensiez la société indienne moderne – au sens où nous l’entendons, en occident – vous vous trompiez. Les propos de Lavanya Sankaran sur l’importance de la famille, en Inde, de même que certains témoignages de chefs de d’entreprise installés dans le sous-continent ont pu vous donner des indices sur la force des valeurs traditionnelles dans la société indienne contemporaine. Dimanche, journée internationale de la femme, Devidas a mis le doigt sur une étude qui montrera, si nécessaire, la portée de l’ancrage des certaines traditions dans la société indienne, et notamment celle des mariages arrangés.

Cette étude s’appuie sur un sondage conduit par BharatMatrimony, un portail matrimonial comptant plus de 150 000 adhérents, dans les grandes villes de Chennai, Mumbai, Delhi, Calcutta, Hyderabad, et Bangalore, mais aussi de plus modestes zones urbaines telles que Pune ou Jaipur.

Cette étude, basée sur un échantillon de 1058 femmes, fait notamment ressortir que 49 % d’entre elles préfèrent les mariages arrangés et que 59 % accordent à l’avis de leurs parents une importance prédominante.

Enfin, c’est une façon de regarder le verre. En lisant les chiffres à l’envers, on pourrait relever que 51 % des femmes sondées préfèrent un mariage qui ne soit pas arrangé et que 41 % d’entre elles n’accordent pas un importance prédominante à l’avis de leurs parents… Surtout, on peut regretter que les résultats de cette étude ne soient pas plus finement segmentés, Mumbai ayant par exemple la réputation d’être une ville moins traditionnaliste que Bangalore.

La famille, force bivalente de la société indienne

Lavanya Sankaran

Je crois comprendre que la famille est une composante essentielle de la société indienne. Ce matin, j’ai pu m’entretenir avec Lavanya Sankaran, l’auteur du Tapis Rouge. Et celle-ci de m’expliquer, par exemple, qu’en Inde, « nous n’avons pas de sécurité sociale. La couverture sociale, c’est la famille. C’est vers elle que vous vous tournez lorsque vous rencontrez des difficultés. » Et si la société indienne s’ouvre à la société de consommation et à « la culture pop », la famille reste importante : « les femmes indiennes sont encore nombreuses à se marier et à emménager avec leur mari, sa mère, ses cousins, etc. » Cela n’empêche pas certains jeunes actifs de vouloir vivre leur relation de couple hors mariage ou encore l’homosexualité d’exister voire d’être vécue sans trop de difficultés, du moins à Bangalore et « tant que l’on n’en fait pas une question politique. »

Karthik Shekkar

Mais la famille, c’est aussi une pression, souvent formidable, sur les enfants dans le cadre de leurs études. Partho Ganguly, directeur exécutif de BOB Technologies, ici à Bangalore, le confirme sans peine, de même que Karthik Shekkar, secrétaire général du syndicat Unites Professionals pour l’Inde. « Les parents indiens poussent leurs enfants vers l’industrie IT », expliquent-ils tous les deux. C’est la perspective des revenus élevés – souvent considérés et présentés comme les plus élevés en Inde – qui les motivent, ainsi que les opportunités d’expatriation. Comme on me l’expliquait chez Tata Consultancy Services : lorsqu’un jeune indien est embauché, c’est cinq, six personnes autour de lui qui profitent directement de cette embauche, sur le plan financier.

Mais la famille indienne a aussi son côté sombre. Ce mercredi 23 juillet, dans l’édition de Bangalore du Times of India, j’ai appris par exemple le suicide d’un étudiant indien de 15 ans : il s’est pendu, dans sa chambre, en raison de notes pas assez bonnes à l’école. Pour Lavanya Sankaran, « Bangalore est la capitale du suicide en Inde. » Elle consacre d’ailleurs l’une des nouvelles de son livre à cette question.

Ce n’est pas tout. Plus tôt dans mon périple indien, j’ai eu l’occasion d’être sensibilisé à la question des abus sexuels au sein du cercle familial, au cours d’une discussion; un sujet également évoqué dans le livre de Lavanya Sankaran. Il n’est pas question de considérer que problème est généralisé. Mais Lavanya Sankaran se refuse à imaginer que « ce ne soit pas comme partout dans le monde »… Reste que le phénomène est difficile à chiffrer : dans un pays où la pornographie est interdite où l’on utilise les dispositifs de contrôle parental pour s’assurer que les enfants ne voient de « french kiss » à la télévision – dixit Reliance Global Communications -, le sujet est tout simplement tabou. Et ce n’est pas que lui : c’est la sexualité dans son ensemble qui semble concernée. « Avant les apports culturels musulmans et de l’Angleterre victorienne, la sexualité était un sujet très libre en Inde. Mais la conjugaison des deux a mis une chape de plomb sur la question. Les lois indiennes sur la sexualité – interdiction de l’homosexualité, des rapports anaux, etc. – remontent à l’époque coloniale. » Néanmoins, certains sujets connexes, tels que la protection des mineurs, justement, progresseraient sensiblement.

Mais selon Karthik Shekkar, il resterait encore beaucoup de travail à accomplir en matière de lutte contre le harcèlement sexuel – et pas que sexuel – sur le lieu de travail. En la matière, la loi du silence dominerait… aidée – pas uniquement mais notamment – par le poids d’une famille qu’il ne faut ni décevoir, ni priver de ressources.