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La formation initiale est-elle réellement adaptée aux défis de l’industrie IT ?

En Inde – comme en Europe, accessoirement – les entreprises IT recherchent des salariés susceptibles d’être le plus rapidement possible productifs. HCL, Infosys, TCS et Wipro disposent bien sûr d’importantes ressources internes dédiées à la formation. Mais qui refuserait de profiter des compétences de salariés «clé en main» ? C’est là que l’on touche peut-être à un paradoxe. Shiv Nadar, fondateur de HCL Technologies et l’un des pères de l’industrie IT indienne, a bien volontiers abordé le sujet avec moi, lors d’un entretien dans les bureaux de l’entreprise à Noida, près de Delhi.

Question : «D’un côté vous attendez des institutions scolaires des jeunes immédiatement employables et, de l’autre, vous demandez à ceux-ci d’être ouvert à la mobilité interne, d’être flexibles et de pouvoir s’adapter à des domaines différents de leur formation initiale… ce n’est pas un peu contradictoire ?»

Shiv Nadar, HCL Technologies, évoque la formation des jeunes en Inde.

Réponse : (sourire) «C’est une réflexion vicieuse; ce n’est pas exact. […] Qui devient un talent ? Il s’agit d’enfants issus de la classe moyenne, dont les parents veulent qu’ils reçoivent une bonne éducation, de bons salaires, qu’ils aient une vie qu’ils n’ont pas eu.» Et Shiv Nadar d’illustrer par l’exemple comment la manière dont s’effectuent, en Inde, les transferts de richesse, des enfants vers les parents. Un classique ici, sur lequel Lavanya Sankaran insistait déjà il y a deux ans, lors de notre première rencontre. Pour faire simple, en Inde, la retraite des anciens est payée par les jeunes, mais de le strict cadre de la famille. Souvenez-vous : «En Inde, la sécurité sociale, c’est la famille,» me disait Lavanya Sankaran.
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Comment les multinationales séduisent les ingénieurs indiens…

J’adore ces conversations spontanées et détendues qui naissent autour d’un verre dans le coin fumeur de la terrasse d’un hôtel. Hier soir, l’une d’entre elles, avec deux développeurs indiens travaillant pour un éditeur américain très spécialisé, s’est avérée particulièrement intéressante…

Combien gagnez-vous ? «Combien, d’après toi ?» Peut-être 800 000 Rs [1 € équivaut actuellement à environ 60 roupies indiennes] par an ? «Moins, plutôt de l’ordre de 650 000.» L’un des deux sort tout juste de l’IIT de Delhi; l’autre a déjà deux ans d’expérience.

Avez-vous déjà travaillé pour une SSII indienne ? «Non.» Et pourquoi ? Le plus expérimenté : «dans mon cas, c’est juste une question d’argent. Je voulais un bon package. Les SSII indiennes vont proposer de 150 000 à 250 000 Rs pour un débutant; c’est trop peu.» Pourtant, vous avez été approchés sur votre campus ? «En fait, non. Je n’ai pas vu les SSII indiennes; elles faisait leur recrutement en marge du processus officiel de l’IIT.» Pourquoi cela ? «Parce qu’elle savent que, dans l’IIT, elles ne sont que le dernier recours; personne, sortant de là, ne veut travailler à moins de 400 000 Rs par an.» Et en face, dans les multinationales… ? «Eh bien, tu vois : je t’ai indiqué l’ordre de grandeur de mon salaire; tu peux faire la différence.»

Si donc les SSII indiennes se font couper l’herbe sous le pied par les multinationales, il semble qu’il y ait au moins une raison très terre à terre à cela : le salaire.

Pour autant, les deux ingénieurs ne crachent pas sur les SSII indiennes : «Pour un débutant, ce n’est pas forcément une mauvaise solution; elles offrent une bonne formation.» Mais que dire de ces clauses contractuelles qui prévoient un dédommagement de l’entreprise en cas de départ prématuré ? «Comment ça, tu trouves ça anormal ?» Je ne sais pas… je m’interroge. «Nous, on comprend.»

En fait, le jackpot, cela semble être l’expatriation pour quelques mois : «j’ai un ami qui vient de partir aux Etats-Unis… il reçoit 600 000 $ par an. Je ne me rends pas compte : c’est beaucoup ? Est-ce que ce sera suffisant pour vivre là-bas ?»

Interrogé sur la question des salaires, Som Mittal, président du Nasscom, a avancé le chiffre de 350 000 Rs par an, en moyenne, pour un débutant, et de 600 000 Rs pour un employé avec 2/3 ans d’expérience, travaillant sur des domaines à fort volume et faible valeur ajoutée.