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«Nous avons des diplômes d’ingénieur, mais pas d’ingénieurs»

Arvind Shrouti, Option Positive

Mon récent séjour à Pune, près de Mumbai, a été l’occasion d’une rencontre étonnante. Celle d’Arvind Shrouti, d’Option Positive. Étonnante à deux égards. Tout d’abord par l’activité de la personne : faire de la formation en management pour les représentants syndicaux. En Inde, mais aussi à travers le monde – comme récemment, à Rome, pour des ouvriers chinois. La démarche a un objectif simple : permettre aux représentants des salariés de discuter avec le management en s’appuyant sur un niveau de compréhension de la vie de l’entreprise au moins aussi élevé. Histoire de sortir des dialogues de dupes. À titre personnel, Arvind indique lire les philosophes occidentaux et indiens pour essayer d’en retirer quelque chose de «neuf» et d’adapté au monde globalisé moderne.

Son action se concentre actuellement sur les secteurs de la banque, de la finance, et les industries manufacturières : «les syndicats de cette industrie souffraient, historiquement, d’un attachement idéologique fort et bloquant. Désormais, ils ont su s’en détacher et développer une approche basée sur les réalités internes des entreprises. Cela s’est fait d’abord sur un besoin : celui de se développer. L’attachement idéologique les limitait dans leur capacité à toucher une base plus large. Nous les avons aidés à travailler ensemble : les représentations syndicales de plus d’une centaine d’entreprises nous ont rejoints, ce qui représente plus de 30 000 personnes impliquées.» Pour l’heure, en revanche, il n’est pas présent dans l’industrie IT/BPO indienne : «il nous manque là la base de cols bleus sur laquelle nous appuyer. Nous devons trouver le moyen de développer une structure syndicale plus adaptée aux spécificités de cette industrie.» Une remarque que me faisait Karthik Shekkar en octobre dernier, à Bangalore.

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Diriger une entreprise en profitant de ses inconscients

Non, ce blog ne s’est pas transformé en boutique d’ésotérisme. Mais quel est le rapport avec l’Inde ? C’est juste que j’ai rencontré Robert Branche dans un restaurant, à New Delhi. Son livre, Neuromanagement, sortira en librairie, en France le 23 octobre. Je vous en parle parce que j’ai hâte de le lire. Voici quelques lignes de présentation issues de la quatrième de couv : « Et si les organisations, comme les individus, étaient souvent guidées par leurs émotions et leurs mécanismes inconscients ? A partir de cette hypothèse novatrice, Robert Branche propose une approche nouvelle du pilotage de l’entreprise : Neuromanagement ou comment manager en s’appuyant sur les processus non conscients. 

Le corps social de l’entreprise d’aujourd’hui s’apparente en effet au corps humain : mémoire, réflexes, émotions relèvent autant des personnes morales que des individus. Pourquoi, dès lors, ne pas recourir aux neurosciences pour modéliser son fonctionnement ? 

En s’appuyant sur les contributions les plus récentes des recherches cognitives, l’auteur démontre qu’il est possible de diriger une entreprise dans un environnement chaotique, à condition de mettre en oeuvre des grilles de lecture appropriées. Pour Robert Branche, au-delà de la qualité de leurs produits et services, c’est par leur capacité à saisir le réel que se distingueront les groupes leaders de demain. » 

Pour aller plus loin, téléchargez le PDF de présentation du livre de Robert Branche, ingénieur des Ponts et Chaussées, conseiller en management de grands groupes internationaux.

Que devient le système des castes dans l’Inde moderne ?

Au cours de ma première semaine en Inde, je me suis hasardé à évoquer le sujet des castes sur la base de quelques témoignages. J’y suis revenu avec de nombreux interlocuteurs au cours de ces presque deux semaines.

Tout d’abord, du côté des entreprises IT, on clame haut et fort ne faire aucune discrimination à l’embauche sur la base des castes, ni même après, au niveau des salaires et des évolutions de carrière. Compte tenu des besoins importants en main d’œuvre de cette industrie et de ses difficultés à conserver ses talents, je suis clairement enclin à croire ces affirmations. Quoique.

Les français installés en Inde – et certains depuis près de 10 ans – avec lesquels j’ai pu aborder la question ont un regard quelque peu différent. Pour la plupart d’entre eux, il difficile de gérer ses équipes sans tenir compte des castes. Pour la cohésion d’une équipe, mieux vaudrait par exemple donner des responsabilités à la personne relevant de la caste la plus élevée au sein de l’équipe. Et éviter la promotion d’une personne d’une caste inférieure au détriment d’une autre relevant d’une caste plus élevée. Et quelques uns d’affirmer que le système des castes continue de générer des pressions dans le cadre du travail. [j’aurai l’occasion de développer ces témoignages au mois de septembre, lors de la publication du dossier Inde du MagIT]

Mais la discrimination par les castes n’aurait en fait pas à se faire à l’entrée dans l’entreprise, ou très peu : elle se ferait dès l’école. Ajaj Singh, directeur des contenus du site Web de la chaîne d’information NewsX, m’explique ainsi qu’il est difficile pour un indien d’une « basse » caste de poursuivre de longues études, ne serait-ce que pour de simples questions de recouvrement entre castes et catégories sociaux-professionnelles. Sans qu’il faille pour autant exclure les pressions psychologiques exercées par les élèves sur leurs pairs.

Ajaj en a profité pour me rappeler que la discrimination par les castes ou les religions, notamment, est illégale en Inde depuis 1950. Mais, cette disposition aurait longtemps été difficile à appliquer. Au point de pousser le législateur indien à instaurer des quotas à l’entrée des écoles supérieures afin de faciliter l’accès des plus basses castes aux longues études, dans les années 90. La mesure aurait provoqué un impressionnant tôlé à travers le pays.

Globalement, Ajaj estime que le système des castes peut avoir un certaine influence, modérée dans le monde de l’entreprise, probablement moins marquée que dans la société civile. Quant à connaître la caste à laquelle appartient quelqu’un, Devidas Deshpande, du Pune Mirror, me l’affirmé et démontré : il suffit de son nom de famille.