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5 juillet 2010 : journée de chaos en Inde ?

Un chauffeur de taxi fait le plein, à Mumbai

Au moins 86 vols intérieurs annulés à Mumbai, des salariés de SSII telles que Wipro et Infosys priés de rester chez eux, à Bangalore (ils compenseront en venant travailler samedi 10 juillet), des trains qui cessent de rouler au Bihar, des métros bloqués à New Delhi, des bureaux, écoles, boutiques fermé en Andhra Pradesh… (rapide tour d’horizon ici) Que se passe-t-il en aujourd’hui, en ce lundi 5 juillet ? C’est une journée de grève nationale, à laquelle a appelé l’opposition parlementaire pour protester contre l’augmentation des prix des carburants, une augmentation engagée fin juin dans la perspective d’une libéralisation de ces prix. Selon l’agence de presse ANI, cette mesure devrait soutenir l’inflation de 0,9 point; elle était de 10,16 % en mai dernier. Jusqu’ici, les prix des carburants était strictement régulés par le gouvernement indien.

Pour certains partis, et notamment, les communistes, la dérégulation annoncée risque de «dévaster les conditions de vie des gens.» Reliance Industries ou encore Essar Oil devraient plutôt profiter de la mesure. Mais certaines entreprises pourraient en pâtir, et pas uniquement les entreprises dont l’activité dépend largement du transport de personnes ou de marchandises : le manque de fiabilité de l’apport électrique par le réseau impose un large recours au générateurs autonomes – juste à provoquer parfois des pénuries de diesel pour les véhicules personnels. Et cela a un coût.

La corruption mine-t-elle les marchés IT ?

Inutile de se voiler la face. L’éviction de Satyam, de Wipro et de MegaSoft des marchés de la Banque Mondiale a des relents de corruption. Du moins la suspicion entourant les avantages accordés à l’ancien DSI de l’institution, Mohamed Mushin, est-elle grande, et de cette nature.

En Inde, le problème de la corruption n’a rien d’un secret. Cet été, plusieurs indiens que j’ai pu rencontrer m’ont parlé de leur démocratie avec fierté, évoquant tout juste une certaine « faiblesse », faisant précisément référence à la corruption. Transparency International a d’ailleurs récemment placé l’Inde à la 85ème place d’un classement en comptant 180, pour l’efficacité de la lutte contre ce fléau. Sur le terrain, les témoignages de petites « rétributions » accordées à tel ou tel fonctionnaire ne manquent pas, pour accélérer des démarches ou éviter une procédure judiciaire. Mais cela va-t-il jusqu’aux marchés IT ? On peut être tenté de le penser.

L’indice de corruption des pays exportateurs, publié en décembre dernier par l’ONG, place la Russie en dernière position, précédée de la Chine, du Mexique, de l’Inde, de l’Italie et du Brésil : les entreprises originaires de ces pays seraient donc particulièrement susceptibles de recourir à la corruption pour gagner des marchés. Sur le plan sectoriel, les télécommunications sont moins bien placées que l’on ne pourrait l’imaginer, avec un score 6,6/10, contre 7/10 pour le secteur IT – les notes vont de 0 à 10, une notre de 0 indiquant une probabilité élevée de versement de pots de vin.

Mais l’Europe occidentale est-elle si blanche ? Pas si l’on en croît l’histoire récente. En France, en février 2003, Altran a porté plainte contre trois de ses anciens dirigeants pour abus de confiance et, également, corruption. Fin 2003, c’était  au tour de Cap Gemini d’être soupçonné de corruption en Allemagne. Plus près de nous, au printemps 2008, s’est ouvert en Allemagne un procès opposant Siemens à d’anciens salariés soupçonnés de corruption.

La semaine dernière, au détour d’un entretien téléphonique, un patron de SSII s’est confié. Selon lui, en Europe occidentale, la corruption a globalement disparu des marchés IT. Mais, « en Europe de l’Est, on sait que ça existe, comme au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord. » Là, dans certains pays, le problème serait même « profond. » Comprendre, en filigrane, qu’il faut en passer par là pour s’offrir une place au soleil.

Que dit justement le rapport 2008 de Transparency International pour ces régions ? Il classe par exemple la Roumanie à la 167ème place de son palmarès. Sont pointées notamment le manque d’indépendance du département anti-corruption du ministère de l’administration et des affaires intérieures. Ou encore l’incapacité de la justice à se saisir des affaires soulevées par ce département. Globalement, pour les rapporteurs, « le dédain parlementaire pour le respect des normes de technique législative contribue à rendre les mesures anti-corruption perméables à des interprétations abusives. » Mais le rapport reste muet sur l’Afrique du Nord.

L’espace dédié à la région Afrique du Nord/Moyen-Orient de Transparency International est plus loquace. On peut y lire que « la corruption est largement répandue et prévaut dans les pays [de la région]. » Et l’ONG de souligner que, si les nations de la région ont ratifié la Convention des Nations Unies contre la corruption, sa mise en œuvre « reste un défi majeur. »

De son côté, la France est-elle protégée ? Le projet de suppression du juge d’instruction est-il susceptible d’entraîner des dérives ? Vous-même, lecteurs collaborateurs de SSII, avez-vous été témoin d’actes assimilables à une forme de corruption ? Vous avez nos coordonnées.