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L'affaire Satyam et le syndrome de Dhritrashtra

La controverse et les découvertes liées à l’affaire Satyam vont continuer d’enfler pendant plusieurs jours encore. Les analystes économiques et les experts sont occupés à chercher à deviner l’ampleur de la fraude et de ses implications. Mais pour les investisseurs et les journalistes indiens comme moi, cette affaire n’est que le dernier ajout à la longue liste des victimes du syndrome de Dhritrashtra. Les Indiens, qu’il s’agisse des politiques ou des hommes d’affaires, sont connus pour succomber à ce désordre.

Dhritrashtra était roi du Mahabharata ; son histoire est connue de tous les indiens et à laquelle chacun s’identifie. Aveugle depuis sa naissance, Dhritrashtra ne pouvait pas gouverner son royaume normalement. Il eut 100 fils de Gandhari, qui garda ses yeux bandés tout au long de sa vie par solidarité avec son mari. Parmi les descendants notables de ce couple, on trouve Duryodhan et Dushashan. Dhritrashtra espère réaliser ses ambitions inassouvies par l’intermédiaire de sa descendance et, de ce fait, fini par fermer les yeux sur tous les méfaits commis par ses fils. Jusqu’à y participer. Lorsque leurs péchés eurent franchi les limites, la fameuse guerre entre Kaurav et Pandav a eu lieu. Provoquant la chute de l’empire et, avec elle, de la lignée.

Aujourd’hui encore, on trouve de nombreux exemples de ce syndrome dans la société indienne. Il semble que Ramalinga Raju, le PDG de Satyam, a pris sa décision [de racheter Maytas Infra et Maytas Properties, NDLR] de la mauvaise manière, sans consulter les investisseurs. S’il avait procédé à cette consultation, l’opération n’aurait jamais été approuvée. Son geste lui a été dicté par la volonté de sauver ses entreprises ; il a oublié qu’il trompait tout le monde. Un peu plus loin, on trouve un autre cas dans le Tamil Nadu. Le premier ministre M. Karunanidhi a emmené ses deux fils et sa fille en politique. Le quotidien régional Dinakaran a publié un sondage, demandant aux gens de donner leur avis sur les prétendants à la succession de Karunanidhi. Les sondés ont placé en tête Stalin, le second fils de Karunanidhi. Furieux, les supporters du premier fils ont mis le feu aux bureaux du quotidien Dinakaran. Fait intéressant, ce quotidien est édité par le groupe Sun Network groupe, dirigé par le neveu de Karunanidhi. Mais le premier ministre a non seulement ignoré l’incident ; il a aussi rompu les liens avec ses neveux et lancé sa propre chaîne comme une réponse au groupe Sun.

Au Maharashtra, Shiv Sena fut un parti aux affaires. Mais le leader du parti, Bal Thackeray, a cherché à préparer sa succession, favorisant son fils, Uddhav. De quoi rendre furieux Raj Thackeray, son neveu qui a lancé son propre parti, le Maharashtra Navnirman Sena. Et d’adopter la même stratégie basée sur ses origines locales, provoquant un important conflit politique. Sans réussir à dissuader Bal Thackeray de donner à Uddhav le contrôle quasi total de son parti.

Le syndrome  de Dhritrashtra peut aussi expliquer de grandes escroqueries de l’histoire récente de l’Inde. Le plus célèbre cas est celui de Sanjay et Indira Gandhi. Au cours des dernières années de sa vie, Sanjay Gandhi, fils d’Indira, est quasiment devenu une autorité extra-constitutionnelle. Maruti, une société devenue plus tard l’identité de l’automobile indienne, a été créée par Sanjay et ses partenaires. Au cours des années 1970, on a accusé le gouvernement d’avoir indûment aidé Maruti, favorisant l’entreprise au détriment de ses concurrents. Cette allégation a été l’une des raisons de la défaite d’Indira, en 1977, en plus de la déclaration de l’état d’urgence dans le pays. Après la mort accidentelle de Sanjay, le gouvernement a saisi sa participation dans la société et permis à Suzuki d’entrer au capital. Ce n’est qu’après que Maruti a pu véritablement se développer.

L’homme qui a succédé à Indira, Moraraji Desai a également été empêtré dans une controverse à cause de son fils Kantilal. Le fils a été souvent critiqué, accusé d’être corrompu et de prendre un avantage indu du nom de son père.

Au-delà, on trouve également des cas à Bollywood. Un exemple en est Sanjay Dutt, qui s’est vu offrir un siège au parlement de l’Inde, de Lucknow, il y a deux semaines. Il est le fils de Sunil Dutt, un éminent activiste et trois fois membre du Parlement. Sanjay Dutt a été condamné pour diverses infractions, depuis 1980 parmi lesquelles on retiendra notamment la possession d’un AK-56 lors des attentats à la bombe de 1993, à Mumbai. Mais Dutt père est sorti de sa réserve afin de protéger son fils de la controverse et des poursuites judiciaires. Dans le cadre d’un remarquable accord avec Bal Thackerey, qui était alors le plus puissant homme politique dans l’État du Maharashtra, il a réussi à faire libérer de prison Sanjay. En retour, il a choisi de renoncer à son siège au parlement.

Un autre cas a impliqué Sanjeev Nanda, fils de l’ancien marchand d’armes Suresh Nanda – qui était grand père de l’ancien Amiral en Chef de la marine SM Nanda. Sanjeev a été condamné à cinq ans de prison pour le meurtre de six personnes renversées avec sa puissante BMW. L’incident a eu le 10 janvier 1999. Hier, la Haute Cour de Delhi refusé de prolonger la liberté sous caution accordée à Sanjeev. L’ensemble du pays a vu comment sa famille a essayé d’obtenir l’abandon des poursuites. Ce n’est peut-être qu’à l’authenticité du système judiciaire indien que Sanjeev doit aujourd’hui d’être derrière les barreaux.

Adapté de l’anglais par Valéry Marchive.

Satyam case and the Dhritrashtra syndrome

The controversy and frauds unearthed in Satyam case are to continue for coming many days. Economic analysts and pundits are busy guessing about the size of the fraud and implications of the same. But for the common Indian investors and journalists like me, it is only a latest addition in the long list of victims of Dhritrashtra syndrome. Indians, be it politicians or businessmen, are known to fall pray to this disease.

Dhritrashtra was the king in Mahabharata, an epic with which every Indian is familiar and identifies himself with. Being blind since his birth, Dhritrashtra could not rule his kingdom normally. He had 100 sons from Gandhari, who tied her eyes for whole of her lifetime as a form of solidarity with her husband. Among notable offsprings of this couple were Duryodhan and Dushashan. Dhritrashtra hoped to fulfill his unfinished wishes through his sons and as a result, used to turn a blind eye towards all the misdeeds by his sons. Later on he even participated with them. When their sins crossed limits, the famous war between Kaurav and Pandav took place. It became the cause of downfall of entire empire and eventually race.

Even today, one finds many examples of this syndrome in Indian society. It appears that Raju took the wrong way of taking decision without taking investors in confidence. But had he approached the investors, they would never have approved the idea of investing Satyam’s money in Maytas Infra and Maytas Properties. He was forced to do so to save his companies and he forgot that he is deceiving everybody. Looking elsewhere, we find a case in Tamil Nadu. Chief minister M. Karunanidhi has brought his two sons and a daughter into politics. Dinakaran, a newspaper carried a poll asking the people whom they thought is his best successor. The poll showed Stalin, Karunanidhi’s second son as the front runner, enraged supporters of Karunanidhi’s first son torched Dinakaran’s office. Interestingly, the newspaper was brought out by Sun Network group, headed by Karunanidhi’s nephews. But the chief minister not only ignored the incident, he severed ties with nephews and started his own channel as an answer to Sun group.

In Maharashtra, Shiv Sena was a ruling party once. But the party supremo Bal Thackeray started to give prominence to his son, Uddhav. This enraged Raj Thackeray, his nephew and he started his own party Maharashtra Navnirman Sena. To be one up, he adopted the same agenda of son-of-soil which caused a violent agitation in the state for most part of the last year. That has not deterred Bal Thackeray in virtually giving total control of his party to Uddhav.

The Dhritrashtra syndrome was also cause of the major scams in recent history of India. Most famous case was that of Sanjay and Indira Gandhi. During last years of his life, Sanjay Gandhi, son of Indira had become almost an extra-constitutional authority. Maruti, a company which later became Indian car’s identity, was set up by Sanjay and his business partners. During 1970s, it was alleged that government unduly helped the company and it was favored over others. This allegation was one of the reasons of Indira’s defeat in 1977, (declaring Emergency in the country being other). After the accidental death of Sanjay, government seized its holding in the company and Suzuki came in. It was only after this developed that Maruti was on its way to progress.

The man who succeeded Indira, Moraraji Desai was also mired in controversy because of his son Kantilal. The son was often ctiticised for being corrupt and taking undue advantage of his father’s name.

Beyond politics, there are another cases in Bollywood too. A case in point is Sanjay Dutt, who has been offered a seat in parliament of India from Lucknow just two weeks ago. He was the son of Sunil Dutt, an illustrious activist and three times member of parliament. Sanjay Dutt was booked for various offences since 1980, most famous among which was possessing an AK-56 during bomb blasts in Mumbai in 1993. But Dutt senior went out of his way to sheild his son from the controvrsies and litigation. In a most outstanding deal stuck with Bal Thackerey, who was then most powerful politician in Maharashtra, he managed to release Sanjay from jail. In return, he chose to relinquish his seat in the parliament.

One of infamous such cases involved Sanjeev Nanda, son of former arms dealer Suresh Nanda and grandfather of former Naval chief Admiral S. M. Nanda. Sanjeev is sentenced to a five year jail term for killing six persons under his speeding BMW car. The incident had taken on January 10, 1999. Just yesterday, the Delhi High Court denied to extend interim bail given to Sanjeev. Whole country has seen how the distinguished family has tried to get Sanjeev out of this case. It is possibly because of the genuineness of Indian judicial system that Sanjeev is behind bars.